vendredi 3 avril 2009

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Vu Inland de Tariq Teguia. Encore un film sur lequel je compte revenir, mais ça commence à faire beaucoup. J’ai déjà promis de revenir sur Versailles-chantiers de Podalydès, les petits films mexicains de Buñuel, Ce cher mois d’août de Miguel Gomes, Wichita de Jacques Tourneur, l’Idiot de Pierre Léon. Et je ne parle que des promesses faites cette année. Sans compter que j'ai aussi envie d'écrire sur Straub et les "shorts" de Moullet. Mais Inland j’y tiens, car c’est un film fort comme on dit, pas le chef-d’œuvre annoncé un peu partout, mais quand même, un film qui arrive à surmonter ses propres écueils (la tentation auteuriste, l’esthétisation des plans...) par la manière qu’a Teguia d’investir historiquement et géographiquement son matériau. La fiction dit-il, c’est "la possibilité d’intensifier le visible". On ne saurait mieux dire. Le début du film situe d’entrée les enjeux. Le générique ressemble à du Rothko, ce qui pose la question fondamentale: comment unifier notre rapport au monde? Un film moins politique finalement que métaphysique et dont la force tient au fait que son pouvoir d'abstraction n'est jamais stérile. Ça commence par du Rothko, disais-je, c'est-à-dire que ce n'est pas figé, c'est (littéralement) tremblé, ça vibre, ça vit, à l'image de ce qui suit: des visages et des flux de paroles (du Cassavetes maghrébin?), puis la "totalité" du monde, à travers la profondeur de champ d'un paysage kiarostamien, et enfin sa "fragmentation" en petites unités esthétiques, comme chez Antonioni (le désert ocre?). Le film va recombiner tous ces motifs avec plus ou moins de bonheur, mais c'est vrai que par instants il atteint une puissance d'émotion assez inouïe.

Sinon ça y est, Burdeau et les Cahiers c’est fini, il part rejoindre son pote Lounas aux éditions Capricci. Qui va suivre? Parce que, si je me souviens bien, ils étaient nombreux l’an dernier à défendre la ligne Burdeau-Lounas parmi les rédacteurs. Les Renzi et compagnie, ils ne vont pas rester, j'imagine, c'est une question de dignité, ou alors... Evidemment, on ne va pas pleurer, Burdeau a largement contribué au déclin des Cahiers, mais à l’idée qu’il ne reste plus que le père Frodon aux commandes (on ne sait pas si un nouveau rédacteur en chef est prévu), l’homme qui voit en gros un chef-d’œuvre par semaine (il a bien dû en voir une douzaine depuis le début de l’année), ça fait un peu froid dans le dos. Burdeau, il était irritant, je n'étais pratiquement jamais d'accord avec ce qu'il écrivait, mais bon je lisais ses critiques, elles suscitaient la réaction. Les textes de Frodon, en revanche, je ne les lis quasiment jamais, des fois j'essaie mais c'est d'un tel ennui, c'est tellement pesant, académique, que j'abandonne toujours en cours de route. Donc voilà, à moins d'un nouveau coup de théâtre, les Cahiers, cette fois, sont bien morts. Amen.

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