lundi 13 avril 2009

70's

Belle soirée "cinéphile" vendredi soir, jusque tard dans la nuit, où comme à chaque fois on a refait le cinéma (comme d'autres refont le monde ou encore le match), autant dire qu'on s'est étripés à propos de certains films (A l'Aventure vs la Fille du RER, l'occasion d'une nouvelle bataille rangée, comme je les aime, F. a failli se faire défenestrer...). On a aussi fait des listes. Le thème c’était le cinéma français des années 70. Chacun devait donner une liste des dix films de cette période qui l’ont le plus marqué. Il a d'abord fallu s'entendre: devait-on se limiter aux années 70 stricto sensu ou élargir le champ à la période 1968-1981? Autre point de discussion (et autre sujet de discorde): le nombre et le type de films - cinéma, télévision, vidéo... - qu’on pouvait retenir pour chaque cinéaste. Finalement on s’est arrêté à un seul film par cinéaste, quel que soit le support, réalisé pendant les années 70. La première chose fut donc pour chacun d'élire dix cinéastes. Pas facile. Déjà en sélectionnant quinze noms - Bresson, Tati, Godard, Truffaut, Rohmer, Rivette, Chabrol, Straub, Arrieta, Eustache, Pialat, Duras, Vecchiali, Zucca et Guiguet - j’éliminais des films comme Peau d’âne de Demy, Petit à petit de Rouch, la Cicatrice intérieure de Garrel, le Pélican de Blain, l’Acrobate de Pollet, Anatomie d’un rapport de Moullet, les Naufragés de l’île de la Tortue de Rozier, Moi, Pierre Rivière... d’Allio, le Passe-montagne de Stévenin, la Drôlesse de Doillon, etc., alors n'en retenir que dix, vous imaginez... Mais bon, c'était le jeu. Après réflexion j’ai rayé de ma liste Tati (malgré Trafic et aussi parce que je n’ai jamais vu Parade), Chabrol (malgré le Boucher et les Noces rouges, ses deux meilleurs Audran-films, comme il y a les Bergman-films de Rossellini ou les Karina-films de Godard) et les Straub (parce que leurs films ne sont pas à proprement parler français, en fait parce que je suis en train de les découvrir seulement maintenant - bon Moïse et Aaron, j'ai un peu de mal, mais Leçons d’histoire et De la nuée à la résistance c’est absolument fascinant); puis après un nouveau temps de réflexion j’ai aussi sacrifié (le mot n’est pas trop fort) Godard et Rohmer (si, si), parce que finalement les années 70 ne sont pas leur plus grande période. De Godard c’est bien simple, France tours détours deux enfants est le seul film dont j'ai gardé un bon souvenir - je rappelle que Sauve qui peut (la vie) est de 1980; quant à Rohmer c'est plus compliqué, j'aime beaucoup le Genou de Claire, certainement son meilleur film de l'époque, mais comme j’aime tous les Rohmer et que celui-ci n’apparaît pas dans ma liste des dix meilleurs Rohmer, du moins pas dans les cinq, je pouvais difficilement le conserver. Exit donc Rohmer. Restait alors: Bresson, Truffaut, Rivette, Arrieta, Eustache, Pialat, Duras, Vecchiali, Zucca, Guiguet. Pour la plupart l’affaire fut vite réglée puisqu’un film de chacun se détachait nettement, selon moi, du reste de leur production: Pialat avec la Maison des bois (sans ce feuilleton télévisé je l’aurai écarté de ma liste des quinze), Rivette avec Out 1 (même si je n’ai jamais vu la version de treize heures "Noli me tangere", même si Céline et Julie... est également un très grand film), Vecchiali avec Femmes femmes (même si Corps à cœur est plus émouvant encore), Zucca avec Vincent mit l’âne dans un pré..., Arrieta avec Flammes, Guiguet avec les Belles manières. Pour les autres ce fut plus difficile. Il m'a fallu choisir: pour Bresson, entre Quatre nuits d’un rêveur, Lancelot du lac et le Diable probablement; pour Truffaut, entre les Deux Anglaises et le continent, l’Homme qui aimait les femmes et la Chambre verte; pour Eustache, entre Numéro zéro, la Maman et la putain et Mes petites amoureuses; pour Duras, entre India song, le Camion et Baxter, Vera Baxter. Au bout du compte j’ai sorti une liste, pas un classement (ça c’est au-dessus de mes forces), elle vaut ce qu’elle vaut, mais je l’aime bien:

- Baxter, Vera Baxter de Marguerite Duras
- Les Belles manières de Jean-Claude Guiguet
- Femmes femmes de Paul Vecchiali
- Flammes d’Adolfo Arrieta
- L’Homme qui aimait les femmes de François Truffaut
- Lancelot du lac de Robert Bresson
- La Maison des bois de Maurice Pialat
- Numéro zéro de Jean Eustache
- Out 1 de Jacques Rivette
- Vincent mit l’âne dans un pré... de Pierre Zucca

(par ordre alphabétique)

16 commentaires:

Joachim a dit…

Pour moi (sans ordre non plus et aussi un seul film par réalisateur) :

-La maison des bois (Pialat)
-La maman et la putain (Eustache)
-Les naufragés de l'île de la tortue (Rozier)
-India song (Duras)
-Providence (Resnais)
-Cocorico monsieur poulet (Rouch)
-Anatomie d'un rapport (Moullet)
-Un homme qui dort (Pérec et Queysanne)
-Quatre nuits d'un rêveur (Bresson)
-L'hypothèse du tableau volé (Ruiz)

Bonus (tourné à l'époque mais montré plus tard): 1974, une partie de campagne (Depardon)

Ce qui écarte beaucoup de films "quatre étoiles": L'amour l'après midi (Rohmer), Barocco (Téchiné), Série noire (Corneau), Céline et Julie (Rivette), Peau d'âne (Demy), Que la bête meure et la femme infidèle (Chabrol), Buffet froid (Blier), la Drôlesse (Doillon)...

Sans compter mes énormes lacunes, ceux que je n'ai pas vu et qui trouveraient sans doute leur place dans ce palmarès : Le genou de Claire (Rohmer), Solo et L'albatros (Mocky), L'homme qui aimait les femmes et la Chambre verte (Truffaut), Tout va bien (Godard et Gorin), rien de Gérard Blain, rien de Zucca...

Je rajoute deux pépites du court signés par des grands noms : Colloque de chiens (Ruiz) et
Einleitung zu Arnold Schoenbergs Begleitmusik zu einer Lichtspielscene (Straub et Huillet)

Enfin, malgré tout le respect que m'inspire ce blog, j'ai du mal à comprendre les circonvolutions intellectuelles qui vous font préférer "Numéro zéro" aussi bien à "La maman et la putain" qu'à "Mes petites amoureuses" et à "Une sale histoire" qui me paraissent tout de même d'une toute autre force.

Buster a dit…

Ah oui tiens, Un homme qui dort, je l’avais oublié. Pourtant j’ai revu le film il n’y a pas très longtemps. Mocky aussi je n'y avais pas pensé (j'aime pourtant bien L'Ibis rouge). De toute façon j’ai dû oublier plein de films. D’abord parce qu’ils sont trop nombreux, ensuite parce qu’il y a des films que je sais avoir vus mais dont je ne me souviens plus et d’autres dont je ne sais même plus si je les ai vus.

Pour Numéro zéro c’est vrai que ça peut choquer. D’ailleurs j’ai longtemps hésité avant de le retenir. En fait les raisons qui me l’ont fait choisir sont multiples:
1) j’étais persuadé que La Maman et la putain serait retenu par les autres (ce qui n’a pas manqué, c’est le film qui a été le plus cité avec Trafic, les Deux Anglaises.., Quatre nuits d’un rêveur et India song), bon mais ça c’est pas une raison
2) ça m’embêtait d’avoir écarté Le Camion de Duras (j’aime tellement Vera Baxter), aussi je me suis dit que prendre Numéro zéro, qui est une sorte de Camion eustachien, serait une compensation (mauvaise raison là aussi)
3) La Maman et la putain et Mes petites amoureuses je les ai vus il y a plus de vingt ans, je sais que je les ai beaucoup aimés (à la différence d’Une sale histoire) mais avec le temps leur impact s’est estompé dans ma mémoire, alors que j’ai découvert Numéro zéro il n’y a que deux ou trois ans et ça a été un sacré choc (sûrement moins fort que pour La Maman et la putain à l’époque mais qui reste toujours aussi présent aujourd'hui)
4) ce qui m’a marqué dans le film c’est sa violence sourde, le malaise qu’il génère, l’indistinction troublante des rôles (par moments on a l’impression d’assister à la conversation non pas d’une grand-mère, la fameuse Odette Robert, à son petit-fils mais l’inverse, du grand-père à sa petite-fille, à cause du physique plutôt hommasse de la mémé et des cheveux longs d’Eustache vu de dos, ou bien du grand-père à la grand-mère, ou encore de la grand-mère au grand-père, comme si le secret de famille - la crapulerie du grand-père - circulait à travers tous les personnages et qu’ils devenaient ainsi interchangeables)
5) enfin une raison sentimentale, le prologue du film, avec l’enfant, a été tourné par Arrieta.

Voilà pour les "circonvolutions intellectuelles"...

Joachim a dit…

Merci pour ces convaincantes circonvolutions, même si pour ma part, je me suis à peu près autant ennuyé devant "Numéro zéro" que devant "Nathalie Granger".

Ensuite, quand on en vient à faire des listes, il y en a toujours un dont on se demande comment on a pu l'oublier et dans mon cas, c'est Ferreri... surtout "Touche pas à la femme blanche", un des plus grands films sur Paris dans l'histoire du cinéma français.

La profusion de titres et le nombre de palmarès possibles indique encore comment cette époque fut bénie (enfin, peut-être est-ce moi qui la fantasme puisque je l'ai à peine connue).
Quoi qu'il en soit, je serais bien en peine de trouver autant de titres stimulants pour les années 80 (arriverais-je même à en trouver 10 ?), 90 et 00.

Buster a dit…

Ah mais il y a de belles choses dans "Nathalie Granger".
Sinon "Touche pas à la femme blanche" (en fait les films français de réalisateurs étrangers n'étaient pas pris en compte, ce qui fait que Bunuel n'a pas été cité non plus), donc le film de Ferreri, je l'ai vu lui aussi il y a des lustres et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable, j'avais trouvé la parabole assez lourdingue (dans le genre, "la Grande bouffe" était moins... indigeste!) et le jeu de certains acteurs trop débridé, mais bon il faudrait que je le revoie, pour la mise en scène, le lieu du tournage (le trou des Halles), il y avait peut-être des trouvailles assez fortes de la part de Ferreri que je n'avais pas vues à l'époque.

Vincent a dit…

Une liste, je ne résiste pas. Comme Joachim, je n'ai pas pleinement connu les années 70 mais je serais moins sévère pour la décennie suivante (on pourra étudier cela). Truffaut, moins de deux, je ne peux pas. Bunuel et Ferreri, je suis la règle, mais effectivement, ils seraient en bonne place dans la liste. Reste qu'à vous lire tous les deux, je vois qu'il me reste pas mal de choses à découvrir. Et puis, pour Duras, « Baxter, Véra Baxter » m'a profondément déplu. Disons que c'est un cinéma qui ne me touche pas. Donc voici dix titres :

La nuit américaine ( Truffaut)
L'homme qui aimait les femmes (Truffaut)
Le genou de Claire (Rohmer)
Le plein de super (Cavalier)
Le roi et l'oiseau (Grimault – Prévert)
Nada ( Chabrol)
L'an 01 (Doilon, Rouch, Resnais, Gébé)
Un condé ( Boisset)
Le juge et l'assassin (Tavernier)
Max et les ferrailleurs (Sautet)

Et puis encore dix, parce que c'est trop dur :
Peau d'âne (Demy)
Le boucher (Chabrol)
Lacombe Lucien (Malle)
La chambre verte (Truffaut)
Solo (Mocky)
Un flic (Melville)
La maman et la putain (Eustache)
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (Yanne)
Le souffle au coeur (Malle)
Le magnifique (De Broca)

Buster a dit…

Ah super "Le plein de super". L'expérience collective, le naturel des acteurs, la liberté de ton, le voyage en Chevrolet... c'est un des grands films des années 70, un des plus représentatifs, et surtout un des rares films français qui tienne la comparaison avec les comédies américaines.

Dr Orlof a dit…

Juste pour chipoter : on associe tellement Chabrol aux années 70 qu'on oublie que "la femme infidèle" est de 1968 et que "le boucher" est de 1969.
Idem pour "Solo" de Mocky (1969)
Je réfléchis à mon classement et je le publie dans la foulée...

Buster a dit…

OK doc.
Même si pour moi les années 70 commencent au lendemain de mai 68, on a en fait retenu les films sortis à partir de janvier 70 ce qui explique que certains tournés en 1969 aient été quand même pris en compte.
Sinon j'attends votre liste avec impatience...

Dr Orlof a dit…

C'est chose faite ! Rendez-vous sur mon blog! Vous pourrez constater que j'ai préféré à la mère Duras (que je ne peux pas supporter) l'immense film de Debord que personne n'a cité...

Vincent a dit…

Pour continuer de chipoter, c est juste pour "La femme infidèle", mais "Solo" et "Le boucher " sont donnés pour 1970 (sortie en février, imdb dixit...)

nicolas a dit…

à peine achevé le top 80 sur 365 jours ouvrables que je découvre le 70 ici (celui-ci ayant généré celui-là, si j'ai bien compris?)

1-la maman et la putain, jean eustache
2-le genou de claire, eric rohmer
3-la maison des bois, maurice pialat
4-out one, jacques rivette
5-les naufragés de l'île de la tortue, jacques rozier
6-la vie comme ça, jean-claude brisseau
7-le passe-montagne, jean-françois stévenin
8-l'acrobate, jean-daniel pollet
9-l'enfant secret, philippe garrel
10-numéro deux, jean-luc godard

un seul par cinéaste. top un peu particulier dans la mesure où je n'ai pas vu encore les 4, 9 et 10. ce que je ne fais jamais, moins un top qu'une projection, donc, que des visionnages futurs se chargeront de démentir! (seule la mention 'film allemand' sur allociné m'a fait retirer moise et aaron, qui est à l'inverse mon préféré des straubs, autour desquels les emballements critiques me semblent parfois un brin excessifs)

Buster a dit…

Très belle liste, même si je n'ai jamais vu ce fameux premier film de Brisseau. Pour les trois que vous avez bizarrement inclus en attendant de les voir, je pense que vous ne serez pas déçu par Out 1 (même dans sa version courte, spectrale, de... 4h!) et L'enfant secret (un très beau Garrel). Concernant Numéro 2, je l'ai vu il y a longtemps et n'ai jamais trop compris l'enthousiasme suscité à l'époque (en gros, un film volontairement moche mais important parce qu'emblématique d'un cinéma soi-disant en train de mourir, mouais...)

Buster a dit…

Je complète sur Numéro 2 de Godard: les critiques de l’époque (les Cahiers évidemment) en parlait comme du "dernier des films" celui qui restera après... après quoi au fait (la fin du cinéma mais aussi de certains idéaux sur le sexe, la politique, etc), je crois surtout que le film est symptomatique d’une période pendant laquelle Godard ne s’intéressait plus du tout au cinéma en tant que tel, c'est pourquoi les films qu'il a réalisés à cette époque sont "cinématographiquement" parlant si déprimants.

nicolas a dit…

c'est possible, on m'en a surtout parlé en terme de dispositif et d'expérimentation, j'espérais un peu le chainon manquant entre chelsea girls et ten et loft story... on verra.

je changerais bien le genou de claire pour l'amour l'après-midi. le premier est peut-être plus brillant, la manière dont l'autre explore le quotidien, avec du côté d'orouet, le premier brisseau donc... m'intéresse tout particulièrement, un des éléments de la modernité seventies les plus passionants, je trouve, après quelques précurseurs (les bonnes femmes, que je n'aime qu'à moitié).

Edisdead a dit…

Bonjour, je profite de ce top pour commenter pour la première fois une note de ce blog, que je suis avec intérêt.

Puisque les "circonvolutions" sont admises, je ne m'en prive pas, afin de placer le maximum de films :
Je ne retiens qu'un film par cinéaste.
J'écarte ceux signés par des réalisateurs étrangers : Le charme discret de la bourgeoisie (Bunuel) / La grande bouffe (Ferreri) / Mr Klein (Losey) / Le locataire (Polanski) / Maîtresse (Schroeder)
Je repousse les documentaires : Le chagrin et la pitié (Ophuls) / Le fond de l'air est rouge (Marker) / Kashima Paradise (Deswarte & Le Masson) / Daguerrotypes (Varda)
Je raye à regret : Les Camisards (Allio) / Lacombe Lucien (Malle) / Le juge et l'assassin (Tavernier) / La communion solenelle (Féret) / L'homme qui aimait les femmes (Truffaut)

Il reste donc :
-Le boucher (Chabrol)
-Raphaël ou le débauché (Deville)
-La maman et la putain (Eustache)
-Le plein de super (Cavalier)
-Mado (Sautet)
-Providence (Resnais)
-Le passe-montagne (Stévenin)
-Buffet froid (Blier)
-Série noire (Corneau)
-La drôlesse (Doillon)

Buster a dit…

Merci Ed... il faudrait vérifier mais en regardant rapidement l'ensemble des listes (dont celle du Dr sur son blog) il semble que quatre films se détachent: la Maman et la putain, la Maison des bois, le Genou de Claire et l'Homme qui aimait les femmes, ça fait un joli carré...