dimanche 22 mars 2009

W

Revu Wichita de Jacques Tourneur (1955). Quel bonheur! L’élégance, ici, de la mise en scène, c’est tout simplement prodigieux. La ligne tourneurienne ne se contente pas d’être droite et épurée, comme dans les derniers westerns, magnifiques, d’Anthony Mann, elle est aussi agitée de petites vibrations qui par instants la distendent et, pour le coup, surélèvent le film, ouvrant un espace d’émotion, intense et immédiate, au sens où l'on ne s'y attend jamais et dont il n’est pas sûr que Tourneur avait lui-même conscience (c'est même peu probable, c'est ça aussi qui fait sa grandeur). Wichita c’est le plus beau western du monde (c'est également, soit dit en passant, la ville de Jim Ryun, le plus beau miler de tous les temps). J’avais écrit il y a quelques années un texte sur le film autour de la lettre "W": Western, Wichita, Wyatt, Wallace, etc. Si je le retrouve je le publierai. En attendant, voici un extrait (la conclusion) de celui de Biette:

"(...) Assez proche de Hawks, Jacques Tourneur ne corrige rien, ne met rien en doute, ne procède pas à une critique directe par la voix de personnages que Hollywood ne manquerait pas de briser ou de faire taire: tout ce qu'un scénario lui donne, il l'accepte et se contente de mener le plus loin possible la logique même dudit scénario. Mais ensuite il construit sa propre mise en ordre:
1) En filmant les valeurs (celles que propose Hollywood ou tout autre système de représentation fortement ancré sur du social) comme des choses.
2) En filmant les choses comme des signes.
3) En filmant les personnages comme des individus qui croient aux valeurs comme à des choses (pour lesquelles le spectateur éprouve et la même foi illusoire, puisqu'il peut dans le film les voir et les entendre, et la capacité contenue dans le film de surprendre la métamorphose) et qui vivent dans un réseau social de signes.
Pour Jacques Tourneur les personnages d'une histoire sont de parfaits inconnus dont le mystère n'a pas à être éclairci ou expliqué". (Jean-Claude Biette, "Revoir Wichita", Cahiers du cinéma n°281, octobre 1977)

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