mardi 24 février 2009

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Vu Ricky de François Ozon. Bon d’accord, il serait facile de dire que le film voltige, papillonne ici et là mais n’arrive pas vraiment à décoller. Ou encore que les intentions d’Ozon sont louables - mêler fantastique (Polanski, Cronenberg) et réalisme social (les Dardenne, Loach) - mais que le projet, si ample soit-il, accouche d’un film étriqué et sans véritable surprise (difficile de voir le film sans connaître le pitch, c’est pourquoi d’ailleurs s’interdire de dévoiler le "prodige" - des ailes qui poussent dans le dos d’un bébé - comme le font Kaganski et je ne sais plus quel critique de Positif est ridicule puisque tout le film étant articulé autour de ce phénomène, non seulement ça ne relève pas du spoiler que d’en parler mais surtout c’est se condamner aux pires circonlocutions, donc à ne rien dire finalement du film, que de ne pas en parler). Alors oui, dire de Ricky qu’il est riquiqui serait trop facile. L’ennui est que c’est exactement ce que j’ai ressenti. Ozon filme avec des ailes de poulet (ça aussi c’est facile). Tout cela manque d’envergure. Les intentions sont là, clairement affichées, trop même - on n’accusera pas Ozon de velléités - mais le résultat n’est pas à la hauteur. Et qu’on ne prenne pas prétexte d’une certaine "ankylose du cinéma français" (c'est Chronic'art que je vise ici) pour trouver le film audacieux, en considérant comme une prise de risque au niveau de la fiction ce qui n’est en réalité qu’une astuce scénaristique (un bébé avec des ailes). Question risque, et pour s’en tenir au seul cinéma français, on a connu des films autrement plus hardis. Sans même convoquer Rohmer, qui en ce domaine reste le plus intrépide de nos cinéastes, citons par exemple Vecchiali, Brisseau, Breillat, Guiraudie, Bozon, Pierre Léon, etc. En fait si Ricky n’arrive pas à décoller c’est parce qu’Ozon, comme tout auteur talentueux mais trop sûr de son talent, refuse que le film lui échappe un peu, qu’à la différence de son héroïne il ne lâche pas la ficelle, autrement dit nous rappelle en permanence les enjeux de son film, au risque (c’est bien le seul) de le réduire à ces œuvres trop bien ficelées que l’on voit avec un certain plaisir mais qu’on oublie rapidement une fois vues.
Soyons juste, il y a quand même des moments où le film se libère, où quelque chose se passe qui n’était peut-être pas prévu dans le scénario, des moments assez beaux qui concernent essentiellement le personnage de la petite fille, moments enveloppés de mystère où l’on se demande si le personnage n’est pas l’instigateur de tout ce qui arrive (le fait que la jeune actrice s’appelle Mélusine n’est peut-être pas étranger à mon envie de lui voir jouer le rôle d’une petite fée). Mais non, fausse piste, Ozon est beaucoup trop sérieux, il suit implacablement la ligne qu’il s’est fixé: d’abord injecter un peu d’étrangeté (ça passe surtout par la musique) dans un univers au réalisme volontairement glauque (c’est "Bienvenue chez les prolos", je n'entre pas dans les détails), le tout rythmé par les cris et les pleurs du bébé; puis greffer du fantastique (plus exactement du merveilleux - cf. Todorov pour le distinguo - car l’idée c’est ça: s’extraire du sordide par le biais du merveilleux), mais sans rompre avec la veine naturaliste du début (ainsi le développement hyperréaliste, et franchement peu ragoûtant, des ailes du bébé, un bébé qui semble lui tout droit sorti d'une pub pour Pampers). Arrivé à ce stade, on pouvait espérer que le film se détourne enfin de sa trajectoire, qu’il nous prenne à revers. Hélas il n’en est rien. La fable s’alourdit de plus en plus, ça prend même l'allure d’une allégorie incroyablement cucul (l’enfant qui vole des ses propres ailes) et la morale tartignolle qu'on ne voulait pas entendre (sur la famille, la relation mère-enfant, le rôle du père, etc.), eh bien elle finit par vous éclater en pleine gueule, avec ce dernier plan d'une mièvrerie confondante sur l'héroïne allongée et béate, le ventre rond baigné de soleil, enfin réconciliée avec son désir d'enfant...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ricky c'est pas riquiqui c'est maousse costaud.

Anonyme a dit…

Oh, ça pâlit illico à côté d'un Vecchiali.