samedi 27 décembre 2008

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Cloué au lit par ce qui pourrait bien être la grippe, je n’avais pas ces derniers jours la tête à lire autre chose que les traditionnels bilans de fin d’année. Ainsi des classements des meilleurs films 2008. Eh bien, ça faisait longtemps, mais cette année je suis d’accord avec le choix des Inrocks qui ont placé en tête de leur top films le Two lovers de James Gray. Bon après, ça se gâte, je me reconnais moins dans les autres films de la liste, entre ceux que je n’ai pas vus (My magic d’Eric Khoo) et ceux qui, soit ne m’ont pas entièrement convaincu (Woman on the beach de Hong Sang-soo, No country for old men des frères Coen), soit ne m’ont pas convaincu du tout (Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin - ah bon?). Vous me direz, cette liste des Inrocks, dans laquelle on trouve aussi, bien placé, le Darjeeling limited de Wes Anderson (Christophe Colomb, l’énigme de Manoel de Oliveira et Phénomènes de M. Night Shyamalan, mes deux autres chouchous de l’année, ne sont pas loin), a quand même plus d’allure que celle, assez effrayante, de Télérama qui sacre comme meilleur film 2008 le très contestable Valse avec Bachir d’Ari Folman (un film qu’on devrait retrouver dans la liste des Cahiers - si on se fie à l’engouement qu’il suscita lors de sa sortie - avec le tout aussi contestable Redacted de Brian De Palma), suivi dans l’ordre par Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (je suis sûr que c’est la seconde partie du film, la plus almodovarienne, qu’ils ont aimée à Télérama), Un conte de Noël (ah celui-là, il est dans toutes les listes), Hunger de Steve McQueen (la plus belle imposture de l’année) et Entre les murs de Laurent Cantet, le film des profs qu’on devrait retrouver, lui, aux Césars, contre les Ch’tis.

Sinon, relisant, toujours du fond de mon lit, la liste établie par chaque critique des Inrocks, j’ai été frappé par le souci de certains d’y inclure une comédie indie américaine, de préférence estampillée Apatow, sauf que le film choisi est rarement le même: pour les uns c’est Frangins malgré eux d’Adam McKay, pour les autres c’est Sans Sarah, rien ne va! de Nick Stoller ou encore Rien que pour vos cheveux de Dennis Dugan, preuve que le rapport à ce type de film est très personnel, sinon intime, et doit reposer sur des critères qui ne sont peut-être pas ceux - esthétiques, narratifs, etc. - auxquels on recourt habituellement pour juger un film. C’est pourquoi d’ailleurs évoquer à leur propos les comédies de Hawks, Lubitsch et autre McCarey, comme le font certains, m’a toujours paru un peu fallacieux - j’y vois là une sorte de caution cinéphile, une façon de justifier l’intérêt que l’on porte à ces films sans "signature" -, tant ils dérogent au contraire aux règles de la comédie hollywoodienne classique, la référence se situant plutôt du côté de la télévision et de ses vieux sitcoms, avec quand même, dans la manière de faire exister les personnages, êtres de chair et de mots, de les rendre attachants malgré leur bêtise, particulièrement crasse chez les mecs, et leur frivolité, souvent désarmante chez les filles - rien à voir avec les figures caricaturales des frères Coen -, l’écho d’une certaine tradition, celle du burlesque américain, à travers ses nombreux avatars, ici en l’occurrence les plus tardifs, les plus triviaux aussi, disons "tashlinesques", ce qui n’est déjà pas si mal.

Enfin, dernière chose concernant cette fois le choix de l’album rock 2008. Là on n’est plus du tout d’accord. Pas vraiment compris l’enthousiasme pour MGMT, petit groupe sympa, à la pop honnête, mais sans plus. Pour moi, l’album de l’année, même si ce n’est pas vraiment du rock (dixit l’intéressé), c’est celui de Manset, Manitoba ne répond plus (avec la suite instrumentale). D’ailleurs je suis étonné que personne ne l’ait cité. Peut-être ai-je mal lu (difficile de se concentrer avec une bouillotte sur la tête), mais je crois bien que son nom n’apparaît nulle part dans le numéro. Faut-il y voir une forme de représailles de la part du magazine? J’imagine très bien le père Manset - qui, il faut le reconnaître, est assez hautain vis-à-vis de la profession - refuser, pour la sortie de son album, tout entretien, notamment avec les Inrocks, sûrement un torchon à ses yeux, ce qu’il leur a peut-être même dit ouvertement, une humiliation qui évidemment ne pouvait que se payer à l’heure des bilans. Ah ah, ils sont durs aux Inrocks...

Allez, bonne année 2009 (sans ironie, enfin un peu quand même). Et pour fêter ça - le temps s’y prête, brrr -, rien de tel que le générique d’Elle et lui, le film de Leo McCarey, dans sa version de 1957, celle avec Cary Grant qui, selon McCarey lui-même, n’arrive jamais à masquer totalement son extraordinaire sens de l’humour, même dans les scènes les plus émouvantes, un des deux films en tous les cas - l’autre c’est The shop around the corner de Lubitsch - que je revois quasiment chaque année, à l’époque de Noël.


video

An affair to remember de Leo McCarey (1957).

7 commentaires:

'33 a dit…

Concernant Manset, je crois (sans en avoir la certitude) que vous faites fausse route ;)
Pour ce qui est des comédies, oui, vous avez tout à fait raison de souligner le caractère intime de tout jugement à leur propos. C'en est d'ailleurs désarmant, tant il est difficile d'argumenter pour ou contre elles, dans la mesure où il est impossible de justifier le rire. Pourquoi est-ce que le Zohan m'afflige alors qu'il fait rire beaucoup de mes collègues ? Pourquoi Les Frangins m'attendrissent-ils autant alors que certains les trouvent grotesques ? D'où la propension du critique à parler de tout sauf du comique dans les films comiques - je suis convaincu qu'on les aime surtout au-delà du rire, ces films-, et à recourir parfois à l'argument d'autorité (Hawks, Hawks, Hawks !). Qu'Apatow ne soit McCarey n'empêche pas de les comparer, car comparer n'est pas assimiler. Je crois que les références à la comédie classique ou à tel ou tel auteur (au hasard Rohmer, Blake Edwards...) visent moins à mettre tous les films dans le même sac qu'à aider à comprendre la singularité de chacun.
Bref.

Buster a dit…

Concernant Manset, c’était surtout une façon de marquer ma déception, sinon ma consternation, de voir qu’il n’était cité par personne alors que l’année n’a pas été si riche que ça, notamment au niveau français (hormis Bashung, Christophe et quelques autres). On peut concevoir que personne aux Inrocks n’ait vraiment aimé son album (j’écarte l’hypothèse que personne ne l’ait écouté, ce qui serait pire que l’hypothèse des représailles), mais trouver dans la liste, à la place, les noms de Camille ou de Delerm laisse quand même rêveur...
Pour les comédies américaines, je suis assez d’accord. Il faudra d’ailleurs que j’y consacre un jour un vrai billet. Ce qui me séduit dans ce genre de film c’est l’acteur avant tout (plus encore que le personnage qu’il incarne), qui dans la plupart des scènes semble être son propre metteur en scène, au sens où les plans n’existent qu’à travers lui, son corps, ses gestes, ses répliques, etc, il n’est pas aux prises avec le monde, comme dans les vieux burlesques, mais avec lui-même, sa propre névrose (la comparaison avec Blake Edwards pour le coup me plaît bien, c’est peut-être de là qu’il faut partir en effet). C’est pourquoi en tous les cas ces films sont si fragiles car pouvant très rapidement basculer du génial (quand ça nous touche personnellement) au nullissime (quand ça passe à côté). "Tonnerre sous les tropiques" est génial par moments, complètement nul à d’autres. Comment le qualifier au final? Difficile. C’est peut-être pour cela que le plus souvent on parle de ces films non pas dans leur ensemble mais à travers les scènes qui le composent. Bon tout ça est mal dit, j’y reviendrai...

Sinon pas pu venir encore à une séance de votre ciné-club, j’espère trouver l’occasion l’année prochaine.

Animal on est mal a dit…

où est le problème? ne pas parler d'un album ne veut pas dire qu'on veuille se venger de l'auteur, ce n'est pas parce que c'est Manset qu'il faut àchaque fois crier au chef -d'oeuvre.

Buster a dit…

Aïe Animal, on est vraiment mal.
Bon alors, puisqu’il faut mettre les points sur les i, allons-y. Je n’accuse pas directement les Inrocks de vouloir se venger de Manset, je n’en sais rien, seulement c’est l’impression qu’ils donnent à passer systématiquement sous silence son dernier album. Ce qui me gène n’est pas qu’ils ne l’incluent pas dans leur liste (ça je m’en fous complètement) mais que cet oubli ne fait que prolonger l’étrange silence qui avait déjà accompagné cet automne la sortie de l’album. Il me semble bien qu’il n’y avait eu à l’époque aucun article (même négatif) sur Manitoba. Peut-être en avait-on parlé dans Volume, je ne sais pas, je ne le lis pas, mais cela m’étonnerait... L’oubli est pour le moins fâcheux car quoi qu’on pense de Manset, ses albums restent quand même des événements dans le paysage musical français. Ne pas en parler (ce qui est pire que d’en dire du mal) alors qu’à côté on n’hésite pas à faire la promo de l’album d’une ex Miss France, c’est quand même limite, c’est comme si on ne parlait pas du dernier film de Garrel et qu’on s’intéressait à la place à une quelconque bluette branchouille.

Animal... a dit…

en tous les cas cette année le meilleur de Manset on le trouve sur l'album de... Bashung !

Ludovic a dit…

Si on en croit Sylvain Fesson sur son blog, le jour où lui-même a interviewé Manset il a croisé un journaliste des Inrocks qui venait de finir son entretien avec le maître et apparemment ça s’était pas très bien passé. De toutes façons que les Inrocks ne parlent pas de Manset ne change rien, ils n’auraient pas su quoi en dire, depuis pas mal de temps déjà il n'y a plsu grand chose à lire dans les inrocks.

Buster a dit…

Animal > trop facile, ça me fait penser à Tavernier qui n’aimait pas "Complot de famille" le dernier film d'Hitchcock sorti en 1976 et disait que le meilleur Hitchcock vu cette année-là c’était "Obsession" de De Palma.

Ludovic > tout ça apporte un peu d’eau à mon moulin, même si on ne sera jamais le fin mot de l’histoire. Sur ce que vous dites des Inrocks, je vous rejoins en partie, surtout pour les rubriques musique, assez creuses dans leur ensemble, ce qui malheureusement est un peu le lot de toutes les revues de rock aujourd’hui (voir ce qu’est devenu Rock & Folk, quant à la nouvelle version française de Rolling Stone c’en est presque pathétique). Mais, et contrairement à ce que disent certains blogueurs qui se la jouent parce qu’ils fréquentent ou ont fréquenté des écoles de cinéma et se permettent pour le coup de donner des leçons de mise en scène, il y a encore à lire dans les pages ciné des Inrocks, même si je ne partage pas leur engouement pour certains cinéastes français (la triplette Desplechin-Honoré-Larrieu, euh, non merci). En tous les cas la différence de niveau est criante avec les pages rock. Il suffit pour s’en convaincre de lire dans le dernier numéro le texte de Beauvallet sur ce qui est censé résumer une année de musique mais où il n’est question en fait que d’économie, de cette nouvelle économie qui permet, c’est merveilleux, à des jeunes groupes de se faire rapidement connaître via Internet (merci les internautes), ceux là même qui vont alimenter les compil du magazine (merci les lecteurs), et qu’on retrouve aujourd’hui, c’est logique, comme meilleurs groupes de l’année (c’est pour ça que Manset qui est un peu réac en ce domaine – c’est pas Thom Yorke, c'est sûr - n’avait aucune chance), sans oublier le petit couplet très convenu contre ces sales parvenus d’Oasis (qui ne pensent qu’au fric et aux bagnoles), bref un texte assez démago où l’on vous parle de tout sauf de musique.