samedi 20 septembre 2008

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Bon alors, ça y est, le dénouement est proche, on va bientôt savoir ce qu’il en est de l’avenir des Cahiers. Au passage, je ne suis pas de ceux qui tirent sur les ambulances. On peut être extrêmement critique sur les Cahiers d’aujourd’hui, leur reprocher mille maux - la disparition progressive d’un vrai travail critique (on parle moins des films qu’on s’écoute parler), ce goût immodéré pour le "gadget" conceptuel (à durée très limitée, un an au plus, le temps généralement d’en trouver un nouveau), l’absence surtout d’un véritable esprit Cahiers (faute d’une ligne directrice forte, on en regretterait presque la période maoïste) -, on ne peut être indifférent au sort de la revue, pire, souhaiter comme certains qu’elle disparaisse, quand cette revue vous a accompagné toute votre jeunesse. Je n’y peux rien, je reste indécrottablement attaché aux Cahiers (quel qu'en soit l'éditeur), et d’autant plus aujourd’hui qu’ils n’ont jamais été aussi fragiles. Aux dernières nouvelles, il n’y aurait donc plus que deux prétendants (sérieux) à la reprise: d’un côté, le tandem Burdeau/Lounas, soutenu par la majeure partie de la rédaction (contre Frodon) et d’anciens grands noms de la revue; de l’autre, les Inrocks, emmenés par Lalanne, qui était le précédent rédacteur en chef des Cahiers (avec Tesson) avant que Burdeau le remplace. On peut lire sur le site des Cahiers la lettre ouverte, écrite par la rédaction (par ceux du moins qui défendent la ligne Burdeau/Lounas) aux Inrocks, s’étonnant qu’un hebdo à la "sensibilité de gauche" convoite, avec licenciements à la clef, un titre alors que celui-ci se dit capable d’assurer par lui-même son avenir. Mouais... Faudrait pas prendre les lecteurs pour des cons, on se doute bien que d’autres facteurs entrent en ligne de compte, qui ne se limitent pas à la seule logique économique. Renzi, qui se fait le porte-parole de la rédaction, l’avoue lui-même dans sa réponse aux forumeurs du site. Aucun repreneur potentiel n’envisage, en cas de rachat, de virer l’équipe actuelle des Cahiers, aucun sauf les Inrocks qui, par la voix de Lalanne, précise que Burdeau, lui, serait remercié. Evidemment. On ne voit pas comment il pourrait en être autrement, la question ne se pose même pas. Imagine-t-on Burdeau travailler pour Lalanne si son projet n’est pas retenu? Ce qu’on aimerait savoir, en revanche, c’est ce que feront les rédacteurs qui soutiennent Burdeau si d’aventure Le Monde vendait les Cahiers aux Inrocks? La façon dont Renzi égratigne au passage ceux (dont Frodon?) qui n’ont pas pris position dans l’affaire, soupçonnés de vouloir conserver leur place à tout prix, laisse penser qu’ils ne resteront pas (du moins pas tous). Et qui viendraient alors les remplacer? Eh bien, la plupart des anciens critiques des Cahiers aujourd’hui exilés aux Inrocks, les Blouin, Joyard, Higuinen et autre Clélia Cohen, auxquels pourraient se joindre non seulement ceux qui travaillent avec eux pour le "news culturel" (pour Kaganski c’est différent, pas sûr que l’aventure l’intéresse), mais aussi les autres critiques des Cahiers qui, comme eux, sont partis (volontairement ou parce qu’on leur a dit de partir) quand Frodon a été nommé directeur de la publication. Au-delà du petit jeu de chaises musicales entre Burdeau et Lalanne, et de leur projet respectif (assez proche finalement) pour sauver les Cahiers, ce sont surtout deux clans de "cahiéristes" qui risquent de s'affronter au final, ce qui pour le coup relativise la position de légitimité que revendique avec force l’équipe en place. D’autant que si Lalanne et sa bande n’ont pas, eux, le soutien des "grands-pères" de la revue, ils pourraient bien avoir celui des "oncles" (Tesson, Bergala, Toubiana...). Dans sa lettre de départ, adressée aux lecteurs des Cahiers en janvier 2004, Tesson écrivait: "Etre dans l’obligation de quitter de telles responsabilités du jour au lendemain ne laisse pas indifférent, cela va de soi. Mais les Cahiers, où que l’on soit dans l’indéfectible lien qu’on a tissé avec eux, passé, présent et futur, ne laissent jamais indifférents. Sauf quand le non-dit fait rance (l’aigreur, cette mauvaise conseillère) et le trop-dit fait rang (l’unanimisme de façade, tout aussi déplacé)."
Donc voilà, on se retrouve avec deux projets pas très différents (il s’agit avant tout d’élargir son audience, via Internet, les jeux vidéo, etc., au risque de transformer la revue en Chronic’art bis - berk!) qui normalement auraient dû faire l’objet d’un débat interne, avant la scission de 2003. Le débat n'a lieu qu'aujourd’hui, sur la place publique, nourri par pas mal de ressentiments, c’est bien dommage. Entre temps, cinq ans ont passé, cinq ans de flou éditorial et d’errements au niveau gestion, c’est à la fois peu (par rapport à l’histoire des Cahiers) et beaucoup (vu la vitesse à laquelle les choses évoluent de nos jours), il n’est pas sûr qu’ils soient rattrapés. Mais il y a là aussi quelque chose d’inéluctable qui touche à la presse écrite en général et dépasse largement le cas particulier des Cahiers. Au fond de moi-même, je sais très bien que les nouveaux Cahiers ne répondront pas à mon attente (comment le pourraient-ils?), quel que soit le projet retenu (à la limite, celui de De Baecque, qui prônait un retour de la revue à ce qui avait fait sa force: parler, et longuement, des films essentiels, était sûrement le plus séduisant, mais plutôt adapté à un trimestriel et non à un mensuel qui veut conserver un certain leadership). Je sais parfaitement qu’on ne reviendra jamais en arrière, que la revue dont je rêve n’est justement qu’un fantasme, mais je préfère encore une revue décevante, sinon déceptive, à laquelle on puisse s’en prendre, sorte d’exutoire pour tous les critiques en herbe (ils pullulent sur les blogs), que l’inévitable vide que laisserait sa disparition...

14 commentaires:

JG a dit…

Ce qu’il y a de bien dans cette affaire, c’est que les masques tombent, on voit toute la médiocrité de l’équipe actuelle des Cahiers, ils sont incapables de se remettre en cause, cherchant par tous les moyens à sauver leur peau, en collant tout sur le dos de Frodon, le bouc émissaire idéal. S’ils s’en prennent aujourd’hui aux Inrocks c’est que c’est le vrai seul danger pour eux en cas de reprise, d’abord parce qu’ils perdraient leur chef, l’inénarrable Burdeau, mais surtout parce qu’ils seraient eux-mêmes menacés par tous les critiques des Inrocks, pour la plupart des anciens des Cahiers, comme vous le rappelez justement, qui avaient été plus ou moins virés et qui là tiendraient leur revanche. Vous avez l’air de mettre dans le même panier Burdeau et Lalanne. Vous avez tort. Lalanne a ses défauts mais ce n’est rien à côté de Burdeau et de son pote Lounas, des types à qui je ne prêterai pas ma chemise, pas même un bouton de chemise.
Sinon, j’aime bien votre blog.

Buster a dit…

Bon, je m’attendais à ce type de réaction, et à la limite je pourrais la partager si je me fiais aux différents échos entendus ici ou là. Mais justement ce ne sont que des échos, je ne connais pas personnellement les protagonistes et je m’interdis d’entrer dans ce genre de polémique. Vous JG, vous semblez au contraire bien les connaître (du moins je l'espère), ce qui donne un certain crédit à vos paroles. Cela étant, je ne mets pas exactement Lalanne et Burdeau dans le même panier, ne serait-ce qu’en tant que critiques (si je ne partage pas toujours ses goûts, je reconnais au premier un incontestable talent de critique, une grande finesse d’analyse qu’il ne me déplairait pas de retrouver aux Cahiers - idem pour Tesson - alors que chez le second, c’est parfois brillant mais ça ne vibre pas, c’est froid, il ne communique rien de son plaisir du cinéma, privilégiant trop la réflexion à l’intuition).
Ce que je voulais dire c’est que pour moi il importe que les Cahiers continuent d’exister. Avec ou sans Burdeau et son équipe, je m’en fous, l’essentiel est que la revue reste ce lieu privilégié où l’on parle de cinéma, même si la manière n’y est plus, même si l’on doit aussi y parler d’autre chose, que la parole soit là qui permette de réagir, de provoquer les réactions, parfois d’une extrême violence (voir les propos des commentateurs sur le forum des Cahiers), preuve de cette espèce d'"hainamoration" que la revue continue de susciter malgré elle.

Anonyme a dit…

vu de l’extérieur,et quand on habite comme moi à 800km de la capitale, tout ça n’a pas grand intérêt. On peut juste souligner que la diversification souhaitée par Lalanne on l’a déjà connue lorsqu’il était rédac’chef aux Cahiers.Le porno , lesjeux vidéo, loft story, j’en passe et des meilleurs, c’est quand même bien lui. D’un autre côté, l’attitude indignée des Cahiers contre les vilains capitalistes de gauche que seraient les "Inrocks" , tous ces trémolos dans la voix pour nous dire qu’ils sont -et eux seuls, les héritiers de Bazin , l’hommage qu’ils lui rende chaque mois participe de cette stratégie grossière - moi je trouve ça complétement minable, leur maladresse en est presque pathétique. Contrairement à vous je ne serais pas mécontent que la revue disparaisse. Y en a marre du parisianisme bobo dans la critqiue!!

Buster a dit…

Mazette, comme vous y allez... Mais c’est vrai que de loin tout ça peut paraître futile (de plus près aussi, je vous rassure). Vous me dites Lalanne, on connaît, le porno, les jeux vidéo, Loft story, j’en passe et des meilleurs, c’est lui. OK, mais justement vous passez le meilleur: les séries américaines et les teen movies dont les Cahiers ont été les premiers à l’époque de Lalanne (grâce à Blouin, Joyard, Chauvin, Higuinen, Benedict, pas trop Tesson, lui c’était plutôt le football) à reconnaître l’importance. Bien sûr, il y a eu des dérives (John B. Root, la téléréalité...), mais le problème c’est qu’on ne leur a pas vraiment laissé le temps d’explorer complètement ce grand chantier qu’ils avaient ouvert sur le "régime général des images". Le texte de Lalanne sur "Minority Report" de Spielberg est un des plus importants qui ait été écrit ces dernières années. Et là au moins on ne brasse pas des concepts, le film y est inscrit à la fois dans l’histoire du cinéma ("la Mort aux trousses" d’Hitchcock) et l’état du monde (le tout-sécuritaire, l’après-11 septembre). Il y a eu aussi de très beaux textes parus dans les Cahiers sous l’ère Burdeau mais, comme par hasard, c’était des textes isolés sur un auteur (Bergman, Sokourov, Garrel...) qui ne recoupaient pas les préoccupations théoriques du moment (le fameux "subtil"). Il faut se garder des positions trop tranchées, comme de tout anticriticisme primaire, qu’il vienne d’en haut (l’université) ou d’en bas (le spectateur lambda). Manny Farber disait que le métier de critique est l’un des plus beaux et des plus importants qui soit. C’est pourquoi je persiste et je signe: les Cahiers doivent continuer d’exister, entendu que s’ils disparaissaient ils ne seraient pas remplacés. Aucune chance de survivre au-delà de quelques numéros pour toute nouvelle revue un tant soit peu ambitieuse. Voir ce qu’il est advenu à Panic. Et puis les revues institutionnelles c’est comme le père, on peut les haïr, on y est malgré tout attaché (ne serait-ce que par le nom). Amen.

charles tesson a dit…

Bon, je suis un fake mais si tu cliques sur mon nom, tu pourras retrouver mes propos où j'en dis un peu plus sur les arrières-cuisines de LA revue.

JG a dit…

Votre neutralité est un peu suspecte Buster. Entre Burdeau et Lalanne, vous ne choisissez pas vraiment, vous ménagez la chèvre et le chou. Je me demande si vous n’êtes pas davantage impliqué dans l’affaire que vous ne le dites.

Buster a dit…

>"Charles", merci pour ce lien "spectral"...

>JG, non je n’ai strictement rien à voir avec tout ça.
Sinon entre Lalanne et Burdeau, qui sera la chèvre? qui sera le chou?
Ou encore, car il faut bien rigoler un peu (l’humour, c’est ce qui manque le plus dans la critique aujourd’hui):
Connaissez-vous le paradoxe de l’âne de Buridan, "Lalanne de Burdeau"?, cet âne qui est mort de faim et de soif parce qu’il ne savait pas par où commencer, entre son picotin d’avoine et son sceau d’eau. Eh bien moi, contrairement à ce que vous pourriez penser, je ne vais pas me laisser mourir (d’un point de vue cinéphilique, bien sûr) parce que je n’arriverais pas à me décider entre l’avoine/Lalanne des Inrocks ou l’eau/le Burdeau des Cahiers. L’essentiel c’est d’abord de se nourrir (peu importe la qualité et dans quel ordre), sachant aussi qu’une fois qu’on a goûté à l’un, on a souvent envie de l’autre. Le plaisir de la nourriture, lui, il vient après, en plus, généralement quand on ne s’y attend pas.

Vincent a dit…

Moi qui suit lecteur de Positif et qui habite encore plus loin que l'anonyme aux 800 km, c'est vrai que ça me semble aussi un peu futile, d'autant que j'ai toujours eu cette impression, comme vous l'écrivez, que les revues sont assez proches. d'un autre côté, ça me ferait mal que les Cahiers finissent comme ça, je n'aime pas les voir dans ces histoires de rachats, de licenciements, loin de leur glorieuse indépendance. Et puis je ne me sens pas qualifié pour prendre partit pour tel ou tel, ce que je leur demande, c'est d'écrire de façon à me donner envie de les lire, même s'ils m'énervent souvent quand je les lis, ça stimule.

Buster a dit…

Bonjour Vincent,
Moi je suis plutôt Cahiers mais c’est vrai que si Positif était en difficulté je tiendrais exactement le même discours.
Sinon quid du "triangle des Bermudes", si cher à Ciment, si d’aventure les Inrocks rachetaient les Cahiers?

le petit télégraphiste a dit…

17/09 réponse des Inrockuptibles à notre lettre ouverte

Chère "rédaction des Cahiers",

Nous avons lu votre lettre avec étonnement.
Nous étudions, depuis plusieurs mois, la situation réelle des Cahiers et il nous semble que vous occultez la gravité de la situation ; que vous vous trompez de combat.
Les Cahiers perdent chaque mois des lecteurs ; le déficit annuel s'élève à plus de 700.000 euros. Il ne fait pas de doute que l'existence même de la revue est en jeu.

Les Cahiers ont besoin, immédiatement, d'un nouveau projet éditorial et industriel. C'est ce que nous avons proposé au groupe Le Monde et à la Société des Amis des Cahiers.
Nous avons construit ce projet en qualité de professionnels de la presse culturelle. L'expérience acquise depuis 20 ans et la possibilité pour les Cahiers de reposer sur une structure existante d'édition de presse magazine nous apparaissent comme de puissantes garanties de succès.

Nous avons remis jeudi dernier notre offre définitive de reprise. Celle-ci prévoit, entre autres, la pérennité et le développement de l'ensemble des activités, un licenciement, cinq embauches, la continuation de la collaboration avec l'ensemble des rédacteurs pigistes et le lancement d'une nouvelle formule dans les trois mois.
D'autres candidats à la reprise proposeront d'autres plans, avec d'autres atouts. Il est sain pour l'avenir des Cahiers que l'ensemble de ces propositions soient étudiées.
Nous espérons que ces quelques précisions sont de nature à vous rassurer sur le sens de notre démarche et le fond de notre projet.
Bien à vous,

Christian Fevret
Frédéric Allary


22/09 : réponse à la réponse de la diréction des Inrocks

Cher Christian Fevret,
Cher Frédéric Allary,

Nous vous remercions de votre réponse.

En nous éclairant sur certains points, celle-ci confirme hélas nos inquiétudes.

Nous partageons avec vous le constat que les Cahiers ont besoin d'un nouveau projet éditorial et industriel.
Ce projet existe, comme nous vous l'avons écrit, il a été élaboré et présenté publiquement. Il propose des développements inédits pour la revue, le site et les éditions : une nouvelle complémentarité entre le papier et l'Internet (notamment via la création d'un journal quotidien des Cahiers sur le web), le saut dans l'ère numérique, un élargissement du périmètre critique, l'activité de diffuseur en salle et en VOD, une reformulation de l'offre abonné dans le cadre d'une politique commerciale diversifiée, une internationalisation accrue, un militantisme renouvelé à l'égard des films et des salles…
Tout ceci avec le souci affiché de continuer à s'inscrire dans l'histoire des Cahiers, élément indispensable qui nous semble faire défaut aux autres projets que nous connaissons.

Par son ambition et par son engagement, par sa prise en compte des défis contemporains, un tel projet ne relève pas, en tout cas pas seulement de la « presse magazine » ou de la « presse culturelle ».
Il a été pensé, en effet, comme un nouveau projet stratégique pour les Cahiers : éditorial et économique. En adéquation avec la situation critique et cinématographique contemporaine.
Il possède une validité industrielle incontestable, attestée par la solidité, l'expérience et la diversité de nos partenaires financiers.

Notre inquiétude, et disons-le : notre désaccord, concerne également la vision que vous semblez avoir d'une rédaction. Vous vous engagez à collaborer avec l'ensemble des rédacteurs pigistes. Mais nous ne sommes pas seulement cela, une somme de pigistes : nous constituons une rédaction qui entend, collectivement, continuer de travailler avec l'actuel rédacteur en chef pour mener à bien le projet qu'elle a défini avec lui.

S'il est vrai que tous les projets doivent être examinés, il peut exister entre eux d'indéniables différences de perspective et d'esprit. Votre démarche nous étonne parce qu'elle ressemble davantage à celle d'un grand groupe qu'à celle de l'hebdomadaire que nous connaissons. La nôtre est en revanche naturelle et légitime, en tant qu'elle émane de ceux qui font les Cahiers aujourd'hui.

bien à vous,

Pierre Alferi, Hervé Aubron, Christophe Beney, Nicole Brenez, Jean Douchet, Charlotte Garson, Laurence Giavarini, Gilles Grand, Bill Krohn, Ludovic Lamant, Elisabeth Lequeret, Arnaud Macé, Philippe Mangeot, Thierry Méranger, Cyril Neyrat, Eugenio Renzi, Antoine Thirion, Axel Zeppenfeld

Buster a dit…

Hum, joli dialogue de sourds...

vladimir a dit…

"Lalanne de Burdeau", ça doit être très drôle, mais je n'ai pas bien compris.

Buster a dit…

Normal, c’était pas très clair (et pas si drôle que ça). Ce que je voulais dire c’est qu’entre le sac d’avoine des Inrocks et le seau d’eau des Cahiers, je n’ai pas de préférence de principe, l’essentiel est que ça me nourrisse, c’est purement égoïste... Maintenant on peut concevoir que l'avoine c’est plus riche et que ça nourrit plus longtemps que l'eau fraîche...

Stc a dit…

Le projet Burdeau est hors-course (ce qui ne veut évidemment pas dire qu'un futur repreneur ne le confirmera pas dans sa position de rédacteur en chef).

"AUX AMIS
lundi 29 septembre 2008

Notre candidature au rachat de la participation majoritaire au sein des Editions de l'Étoile ne figure pas dans la liste communiquée aujourd'hui par Claudine Paquot [gérante de la Société civile des amis des Cahiers du cinéma]. Thierry Wilhelm, notre actionnaire majoritaire, a choisi de ne pas remettre d'offre dans les délais impartis. Nous le regrettons grandement, mais en tant qu'actionnaire majoritaire c'est à lui qu'il appartenait d'opter.
M. Wilhelm était en effet persuadé que Le Monde tiendrait compte du caractère à la fois logique et particulier de notre candidature et reviendrait vers lui à la mi-septembre pour poursuivre la discussion engagée pendant l'été. Il ne souhaitait pas avant cela remettre l'offre que nous avions rédigée avec lui. Nous en étions moins convaincus ayant pu constater avec quel scepticisme, pour ne pas dire plus, celle-ci fut parfois accueillie. Les jours ont passé, Le Monde n'a pas repris directement contact avec lui, et désormais il est trop tard.
C'est pourtant un projet auquel nous continuons de croire : l'ouverture du périmètre critique, l'invention d'un nouveau journalisme sur Internet, une internationalisation accrue, un activisme renouvelé à l'égard des films, un partenariat resserré avec les salles...
Mais il n'est plus temps, aujourd'hui, d'exposer une fois de plus ces intentions. Il est temps, plutôt, d'exprimer notre gratitude envers ceux qui nous ont accompagnés pendant ces cinq mois : d'abord la rédaction, qui pour la première fois depuis bien longtemps s'est exprimée en tant qu'entité collective (espérons que cette parole saura peser dans la relation avec le prochain propriétaire des Cahiers, à défaut d'avoir rencontré la moindre écoute auprès de la gérance des Amis) ; ensuite les signataires de la tribune parue dans Libération le 17 juillet, avec une pensée d'amitié et d'admiration particulière pour Marc Chevrie, Jean Douchet, André S. Labarthe et Jean Narboni.
Nous tenons également à remercier Didier Costagliola et Maître Philippe Villey.
Et nous voulons redire notre gratitude à MM. Luis Coromina et Paul Otchakovski-Laurens, dont l'engagement et le soutien en tant qu'actionnaires se sont révélés indéfectibles.
Nombreux, encore, sont ceux auxquels nous pensons aujourd'hui.
Nous ne savons pas ce que seront les Cahiers de demain. Nous ne déplorons qu'une chose : alors que ce moment - la cession, la crise de la presse - aurait pu permettre aux Cahiers eux-mêmes, dans toutes leurs composantes et sensibilités, de réfléchir en commun à leur nécessaire réinvention en tant qu'entreprise et en tant que pensée, une discussion de fond sur l'avenir de la revue n'a jamais pu avoir lieu.
Bien à vous,
Emmanuel Burdeau
Thierry Lounas"