samedi 13 septembre 2008

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Vu hier, sur Arte, la Belle personne de Christophe Honoré. Eh bien, allez comprendre, moi qui généralement ne supporte pas, mais alors pas du tout, le cinéma chichiteux d’Honoré, j’ai trouvé le film plutôt réussi. Bon d’accord, ce n’est pas un chef-d’œuvre, il y a encore pas mal de tics (et un peu de toc), c’est parfois irritant (la scène du suicide, où Honoré se cite citant Demy - mais ça passe quand même, à l'arraché, grâce surtout à Grégoire Leprince-Ringuet, acteur décidément très attachant), c'est parfois plaisant sans qu'on soit dupe (les autres citations, mieux intégrées que d’habitude, le fétichisme des plans où apparaît la très photogénique Léa Seydoux, les chansons de Nick Drake qui vous serrent le cœur dès les premières notes...), c'est parfois sans importance (le passé de Clotilde Hesme, inutilement illustré par un petit film amateur, le caméo de Chiara Mastroianni, clin d’œil à la Lettre d’Oliveira qui était aussi une adaptation libre - et géniale celle-là - de La Princesse de Clèves, quelques répliques ici ou là...). Mais, parce que j’étais dans de bonnes dispositions, toutes ces afféteries (finalement plus nombreuses que je le pensais) ne m’ont pas trop gêné. C’est aussi la limite du film (et du cinéma d’Honoré en général). Son accueil est totalement dépendant de l’humeur dans laquelle on se trouve au moment où on le voit. Si j’avais été de mauvaise humeur, l’accueil aurait été tout autre, encore que si j’avais été vraiment de mauvaise humeur, je n’aurais sûrement pas eu envie de voir le film. Seulement voilà, j’étais de bonne humeur, le film je l’ai vu et ça s’est bien passé. Et puis j’imagine que je devais avoir aussi envie de voir un beau "film du milieu", qui se déroule dans les beaux quartiers, avec de beaux personnages. Mais c’est vrai qu’il n’aurait pas fallu grand-chose (un mal de dents, une fête chez le voisin du dessus...) pour que tout s’écroule, tant le film est en permanence sur la corde raide, incroyablement fragile (c’est peut-être aussi cela qui le sauve), susceptible de tomber à chaque instant dans le "précieux" ou le "ridicule" (normal, ça se passe au lycée Molière, hum...). Je parle de la réception, mais il y a aussi le moment où l’on écrit sur le film. Voyez, on est le lendemain et je commence déjà à faire de l’ironie, chose que je n’aurais peut-être pas fait si j’avais écrit mon billet le soir même. Une semaine de plus et je suis sûr que le texte aurait été totalement différent, plus féroce. Les défauts du film auraient peu à peu pris le dessus. Je me vois très bien, dans huit jours, faire fi des fantasmes de l’auteur, de ses partis pris esthétiques et, sous l’influence de Manny Farber (hé hé), vous parler du film comme d’un drôle de zoo où l’on croiserait pêle-mêle un grand oiseau de proie au regard ténébreux, un joli petit cochon aux yeux rouges, un pauvre agneau à la voix brisée, un gentil panda au cœur d’artichaut, une grue royale au sang chaud, etc., etc.

PS. Aujourd’hui le voisin du dessus a fait un pétard du diable, ça m’a donné un mal de crâne pas possible, mais je voulais à tout prix voir El cantor de Joseph Morder. Eh bien, j'ai vu le film et je l'ai trouvé absolument... merveilleux, dans la lignée - ou plutôt la diagonale! - de ceux de Biette et de Vecchiali. J'en reparlerai une autre fois.

2 commentaires:

vladimir a dit…

La fin à la Farber est très drôle. Tu devrais récrire le texte dans 8 jours!

Buster a dit…

Ah ah ah!