mardi 2 septembre 2008

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Vu le Silence de Lorna des frères Dardenne. Et alors? Rien. Le silence, justement. Il y a comme ça des films qui ne vous parlent pas. Vous les regardez avec attention, vous essayez de vous y intéresser, mais rien n’y fait. Le dernier Dardenne est de ceux-là. Difficile pour le coup de comprendre l’enthousiasme quasi général que ce film a soulevé, confinant chez certains au délire (cf. l’espèce d’embrouillamini de Frodon dans les Cahiers). Scénario en béton (sujet sociétal - l'immigration et les mariages blancs - traité comme un thriller) + mise en scène au cordeau (du Bresson faussement incarné), franchement vous aimez ça, vous? On va encore m'accuser de snobisme, dire que je n'aime pas le film parce que tout le monde l’a aimé, mais quand même, vous n’avez pas eu l’impression en le voyant d'assister à un grand numéro d’auteurs, au film idéal pour jury de festival, programmé pour gagner (d’ailleurs à quoi ça rime de briguer une nouvelle Palme d’or quand on en a déjà eu deux, ils ne pouvaient pas être hors compétition les Dardenne?). Bref, un film à la fois impeccable, comme on dit d’une revue des troupes, et implacable, tant la machine, parfaitement huilée, semble avancer d'un seul bloc, verrouillant tout sur son passage (pas la moindre échappée possible dans ce film, d’une noirceur terrible, pas une once d’humour à part le fait qu’un des personnages se nomme Spirou, c’est dire). Alors oui bien sûr, il y a la fin, la fuite de l'héroïne dans les bois, finale assez beau mais un peu lourd quand même au niveau symbolique. Oui bien sûr, il y a cette grande cassure dans le récit, quand Rénier, très Actor’s Studio, disparaît au milieu du film, ce qui est considéré comme le sommet de la modernité au cinéma, évoquant pourtant moins l’Avventura d’Antonioni que les Chansons d’amour d’Honoré - on a les références qu’on mérite -, entendu aussi que le procédé a tellement été utilisé que ça n’a plus rien de moderne aujourd’hui. Et puis je suis désolé, mais on ne sacrifie pas comme ça un personnage, on ne s’amuse pas à construire une histoire entre deux personnages, pour qu’au moment où la rencontre a enfin lieu (à travers une scène d’amour évidemment, ça évite tous les discours - je commence aussi à en avoir un peu marre de ces cinéastes qui déclarent à tout bout de champ qu’ils refusent la psychologie, comme si c’était une tare), au moment donc tant attendu, on vous impose ce tour de force scénaristique de la disparition (ah l'ellipse narrative, tu parles d'une trouvaille, dans No country for old men les Coen y avaient déjà recours, à croire que c'est propre aux films dirigés par des frangins) pour éviter... pour éviter quoi au juste? puisque de toute façon l’héroïne finit, comme on s’y attendait, par l’aimer son junkie de mari. Sauf que là, pour ne pas tomber dans le sentimental, comme si c’était aussi une tare, on va faire revivre le mari sous la forme non pas d’un fantôme, ce qui ferait un peu trop hollywoodien, mais d’un enfant que l’héroïne, ébranlée psychiquement, croit porter dans son ventre, justifiant après coup la fameuse scène d'amour. Pff... Quant au portrait de femme, bon d’accord, l’actrice kosovare est très bien, mais pour le reste... La veille j’avais vu mon Naruse hebdomadaire, Tourments en l'occurrence, eh bien je peux vous assurer que, pour ce qui est du portrait de femme, les frères Dardenne ont beaucoup à apprendre (d’autant qu’ils le reconnaissent eux-mêmes, à deux on ne peut s’investir complètement dans un travail avec une actrice). La dernière partie du film - je parle du Naruse, quand les deux personnages font le voyage en train - est une pure merveille. Ah le regard de Hideko Takamine... rien que d’y penser j’en ai les larmes aux yeux. Parce que chez Naruse, non seulement ça vous parle, mais surtout ça vous regarde. Le dernier plan, qu’admirait tant le regretté Edward Yang, compte parmi les plus belles fins de l’histoire du cinéma. Et je pèse mes mots. Alors évidemment le film des Dardenne, à côté, ça ne fait pas le poids. C’est sûrement injuste mais c’est comme ça...

3 commentaires:

Bobok a dit…

Zut, encore un film que je croyais aimer.

le club des filles a dit…

Pas gai tout ça, vivement le Woody Allen!

Buster a dit…

Salut les filles,
il paraît en effet que le dernier Woody Allen est très bien. J'en connais une pour qui c'est même "le" film de l'année. A suivre donc...
Sinon Bobok, désolé de gâcher votre plaisir mais n'accordez pas trop d'importance à ce que je dis, j'exprime juste un avis et il ne vaut pas plus que les autres.