samedi 23 août 2008

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Vu Night and day de Hong Sang-soo. Un film séduisant mais dont la séduction repose peut-être sur un malentendu. Qu'est-ce qui plaît dans ce film "à la Rohmer" que le cinéaste coréen a tourné en France, à l’instar du Taiwanais Tsai Ming-liang, lancé il y a quelques années sur les traces de Truffaut (Et là-bas, quelle heure est-il?) ou du Japonais Nobuhiro Suwa, venu, lui, témoigner sa dette à l'égard de Rossellini et de Godard (Un couple parfait)? Est-ce l’hommage ainsi rendu à des figures bien de chez nous, le fait qu’on y retrouve sous une forme "exotique" notre cher cinéma d’auteur, ou le mariage entre des univers a priori très différents? Un peu des trois sans doute qui font que le plaisir se résume finalement à pas grand-chose, juste la satisfaction de se trouver en terrain connu. Dans Night and day, c’est Paris - le 14ème arrondissement - et une virée à Deauville qui servent de cadre au classique triangle amoureux. Un Rohmer coréen donc, avec l'alcool en plus (et les huîtres), on est ravi, surtout quand Hong fait directement référence au maître (ainsi la séquence du Musée d’Orsay, autour du tableau de Courbet L’Origine du monde, écho manifeste à celle du Musée Picasso dans les Rendez-vous de Paris, quand les personnages se retrouvaient face au tableau Mère et enfant - le héros est d’ailleurs peintre lui aussi, il peint des nuages et dans un style apparemment plus occidental qu’extrême-oriental, faudrait relire Damisch) et à peine rebuté quand Hong se permet quelques écarts (tel ce gros plan sur une crotte de chien naviguant dans le caniveau!). Bon très bien... Et puis, alors que le héros est retourné chez lui et que le film n’en finit pas de finir (il doit y avoir pas moins de trois ou quatre "fausses" fins), apparaît soudainement ce plan étonnant, manifestement rêvé, où l’on voit des femmes dans un bain public et tout en haut la tête d’un sanglier frappant au carreau, un plan énigmatique qui nous rappelle les premiers Hong et nous fait regretter après coup que le cinéaste ne se soit pas davantage aventuré dans les territoires de l’intime.

PS. J'avais prévu ce soir d'aller voir l'autre film de Hong, Woman on the beach, qui m'a l'air plus personnel malgré son titre renoirien. Finalement j'ai préféré regarder sur Cinécinéma Classic le Naruse de la semaine. Bien m'en a pris: Comme épouse et comme femme est absolument magnifique, comme l'était la semaine passée Quand une femme monte l'escalier, et la semaine d'avant Courant du soir, etc., etc. D'ailleurs je reviendrai sur Naruse une fois le cycle terminé.

4 commentaires:

Bobok a dit…

Bonjour Buster,
C’est peut-être à cause de l’ironie de votre texte, mais je n’arrive pas à savoir si ce film vous l’aimez quand même ou si, au contraire, il vous a profondément agacé. Sinon, le texte me semble assez proche de celui d’Azoury dans Libération :
http://www.liberation.fr/culture/cinema/340667.FR.php

Buster a dit…

Salut Bobok,
Merci pour le lien, je ne connaissais pas le texte d’Azoury, je viens de le lire et c’est vrai que ma vision du film est très proche de la sienne.
En fait, si j’aime beaucoup le cinéma de Hong, je trouve son dernier film en retrait par rapport aux précédents même si je lui reconnais d’indéniables qualités. Quand je dis qu’on est "ravi" à propos par exemple de la scène du musée d’Orsay, c’est bien sûr ironique tant la scène semble avoir été filmée justement pour faire plaisir (non pas à l’administration du musée comme l’insinue perfidement Azoury mais au cinéphile rohmérien). C’est le reproche qu’on pourrait faire à Hong: rechercher la séduction par une écriture un peu "forcée" au lieu de la laisser opérer librement comme dans ses autres films, surtout les premiers ("le Pouvoir de la province de Kangwon" reste pour moi son meilleur).

Bobok a dit…

C'est bizarre, le film de Hong je l’aimais beaucoup avant de vous lire, maintenant je commence à douter. Je ne suis plus sûr de l’aimer tant que ça. Dois-je vous en vouloir ou vous dire merci ?

Buster a dit…

Cher Bobok, si votre appréciation sur le film s’est modifiée à la seule lecture de mon post (une petite note, sans plus), c’est que le film ne vous plaisait pas autant que vous le pensiez. Hong Sang-soo reste de toute façon un grand cinéaste, et son film "Woman on the beach", que je n’ai pas encore vu mais cela ne saurait tarder, devrait être l’occasion de nous le rappeler (du moins je l’espère).