vendredi 2 mai 2008

La boîte à Malick

Je finis sur le Nouveau monde. Donc si dans la première vision j’étais resté complètement extérieur au film, immergé au-dessous de la ligne de flottaison, dans l’épaisseur des herbes, engourdi aussi par les voix intérieures, autant de motifs qui m’avaient plongé dans un état de semi conscience, la seconde vision fut à l’inverse celle de la "subjugation": la beauté de la nature, le chant des voix solitaires, n’étaient pas que l’exaltation d’un paradis perdu. Certes le travail de reconstitution historique a ici valeur d’expérience anhistorique, la belle image celle d’image non pas totale mais totalisante (c’est-à-dire pleinement dualiste) et la voix intérieure celle de quête spirituelle, mais le mouvement du film, fait de répétitions, de contemplation (si intense qu’elle finit, en le saturant, par sublimer le penchant formaliste de Malick) autant que de captations (si fulgurantes qu’elles apparaissent comme des ratures dans l’esthétique du film) - ainsi ces plans en "caméra portée" sur les personnages qui semblent les isoler du monde (ou encore ces longues plages noires à la fin de certaines séquences, comme si la pellicule était soudainement voilée) -, témoigne aussi chez Malick d’un attachement au présent. Sauf que le présent malickien est à la fois régénéré, nettoyé des héritages (encombrants) du passé, permettant ainsi à l’homme moderne, via cette aspiration au "primordial" qui sacralise la vie et les corps, de mieux supporter la terreur de l’Histoire, et générateur, qui ne se contente pas de célébrer le mythe des origines mais d’une certaine façon le dépasse, à travers le destin de Pocahontas s’ouvrant à la culture. Comme si, pour donner sens et valeur à l’existence, il fallait non seulement se ressourcer dans le grand bain originel mais aussi, dans un second temps, savoir s’en libérer.

Sinon, rien à voir mais Louise (du club des filles) m’a prêté le DVD Material girls, avec ce petit mot, collé sur le disque: "Regarde, ça te changera des immaterial boys de Wes Anderson". Très bien, je vais le regarder ce film et s’il me plaît, j’en parlerai. Mais d'abord il me faudra parler de Barcelona, le petit bijou de Whit Stillman qui vient de passer sur TCM.

2 commentaires:

Joachim a dit…

Moi qui suis aussi un immaterial boy, est-ce que je pourrais essayer les "Material Girls"?

Buster a dit…

Je te le dirai plus tard, je n’ai pas encore vu le film.