mardi 20 mai 2008

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J’aurais bien voulu parler du festival de Cannes, des fêtes bien sûr parce que des films, je ne vois pas trop l’intérêt. D’abord parce que la plupart ne sortiront pas avant l’automne, ensuite parce que j’ai toujours été sceptique sur ce qu’on pouvait en dire, une fois passé, disons le quatrième jour, quand on en a déjà engouffré une bonne quinzaine et qu’en plus on n’a pas dormi plus de trois heures par nuit. En revanche, parler des à-côtés du festival, ça oui j’aurais bien aimé. Mais voilà, je ne suis pas à Cannes et franchement ce n’est pas plus mal, vu l’état de fatigue dans lequel je me trouve, qui ne m’aurait pas permis, de toute façon, de tenir plus de quarante-huit heures. Faute de grives (cannoises) je mange donc des merles, autrement dit les DVD qui traînent chez moi depuis plusieurs semaines et que, par manque de temps et surtout d’envie, je n’avais pas encore vus. Donc là, ça y est, j’ai vu Material girls, ce film qui détient le titre de plus mauvais film de l’année, si j’en crois le mépris avec lequel il a été traité par la critique au moment de sa sortie, pire que pour le dernier Mocky, c’est dire (pas une ligne dans les Cahiers, Positif, les Inrocks, Chronic’art, le Monde, etc., une seule dans Libé et encore, juste pour dire: "bouh"!). Bon d’accord le film est sorti le même jour que l’immense Alexandra de Sokourov et ce gentil petit "film du milieu" (je dis gentil parce que je suis moi-même gentil et que j’adore l’actrice qui y joue) qu’est Tout est pardonné de Mia Hansen-Love, un film français donc, autant dire avec des références et du sous-texte, un premier film même, soit encore plus de références et de sous-texte, et pas seulement "cahiériste" puisque Positif aussi y était allé de sa petite note élogieuse ("du Garrel apaisé" ils disaient) même s’il ne s’agissait précisément que d’une note (Papa Ciment avait dû, j’imagine, limiter les ardeurs de certains).
Donc rien sur Material girls. L’ont-ils vu au moins ce film? Je parle des critiques, évidemment, parce que le public lui, c’est sûr, il ne l’a pas vu. C’est que tout incite à ne pas aller le voir: la mièvrerie de l’histoire, la frivolité affichée, Martha Coolidge, c’est qui celle-là?... Or Material girls n’est pas qu’un film superficiel, cosmétique, c’est aussi un film encaustique, voire caustique, quand le fond de teint de la mise en scène (c’est-à-dire pas grand-chose, un peu de fard à joues ici et là) subitement se craquelle, que le sourire made in USA, ultra brite, des deux sœurs se fige, et qu’affleure alors, sur leur visage comme à la surface du film, la conscience que tout ça est en effet assez vide. Encore que l’intérêt du film réside moins dans ces courts moments de "lucidité", censés donner un peu de consistance aux personnages, que dans l’énergie que ceux-ci déploient, et le film avec eux, pour combler justement le vide de leur existence. Il y a là une vitalité qui est propre à la comédie américaine, même la plus anonyme. C’est pourquoi il est inutile de convoquer Hawks et consorts, comme le font certains aujourd’hui, dans un effort louable mais totalement disproportionné pour réhabiliter le film. Material girls est certes un film sympathique, c’est-à-dire sans prétention, ce qui le disqualifie aux yeux d’une bonne partie de la critique, celle qui, quoiqu’elle en dise, pratique toujours la politique des auteurs, mais c’est aussi un film sans véritable personnalité. Il lui manque cette petite touche d’originalité qui fait le charme des comédies de Wes Anderson (bah oui, The Darjeeling limited c’est quand même mieux), de James L. Brooks ou encore de Judd Apatow. Au final, un film qui vaut le détour même si, une fois vu, on l’oublie assez vite...

2 commentaires:

le club des filles a dit…

Mouais, c'est pas la grande forme en effet, il faudra revoir le film quand tu seras guéri.

Buster a dit…

C’est vrai que ce n’est pas la grande forme, ça se ressent au niveau du blog. Mais d’un autre côté, parler pour ne rien dire me plaît assez en ce moment...