jeudi 8 mai 2008

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Whit Stillman est l’auteur de trois films qui ont marqué (en creux) les années quatre-vingt-dix: Metropolitan, Barcelona et The last days of disco. Le premier est le plus connu qui évoque à la fois Rohmer et Woody Allen: blablabla et cha-cha-cha chez de jeunes bourgeois new-yorkais. Le dernier est le plus touchant qui traite, avec une nostalgie certaine, de la scène disco (Chloe Sevigny, avec sa barrette dans les cheveux, y est absolument sublime). Restait à découvrir Barcelona, film d’escapade (avec toujours les mêmes acteurs masculins) dans une Espagne post-franquiste et anti-américaine. Le discours amoureux se double ici d’un autre discours, étonnant, sur les règles du marketing. Ce n’est peut-être pas aussi subtil que Metropolitan, peut-être pas aussi exquis que Last days of disco, mais ça reste d’une rare élégance. Et, comme les deux autres, d’une très grande intelligence. D’autant que là ce n’est plus seulement le yuppie, ou le nightclubber, qui apparaît comme un oiseau rare, en décalage avec le monde, mais l'Américain lui-même, le "pur" Yankee, ce grand naïf qui croit toujours aux vertus du libéralisme comme au rôle bienfaiteur de son pays (ah la scène des fourmis rouges!). C’était en 1994, trois ans après la guerre du Golfe, neuf ans avant celle en Irak, et en quelques répliques Stillman en disait beaucoup plus que n’importe quel brûlot...

Vu aussi Lured (1946) de Douglas Sirk. Un film mineur, comme on dit. Il n’est même pas sûr qu’il soit supérieur à celui de Siodmak, Pièges, dont il est le remake. Heureusement il y a George Sanders, égal à lui-même, c’est-à-dire génial, et sans qui le film perdrait beaucoup de son ironie, comme il perdrait de cette ambivalence, voulue par Sirk, mais que n’assument pas entièrement les autres personnages (le double jeu de Lucille Ball, la démence de Boris Karloff, la perversité de Cedric Harwicke). Pour le coup c’est ailleurs qu’il faut chercher le trouble que le film finit malgré tout par distiller: moins dans l’histoire - et son conventionnel whodunit (qui est le poète assassin, cet amateur de Baudelaire qui attire des filles par petites annonces avant de les faire disparaître?) - que dans cette étrange impression d'assister là à une sorte de répétition des grandes séries télé à venir. Ainsi Lucille Ball et son aspiration au bonheur, comme la future héroïne du sitcom "I love Lucy", Boris Karloff en grand couturier fou, recréant minablement son univers d’antan, comme un personnage digne de ceux qui composeront "Alfred Hitchcock présente", ou encore le chef de la police dont le face-à-face final avec le meurtrier, et sa façon de le piéger, n’est pas sans rappeler un certain "Columbo"...

2 commentaires:

vladimir a dit…

Dans le genre "whodunit", as-tu vu le dernier Bonitzer?

Buster a dit…

Impossible d'aller au cinéma en ce moment (j'expliquerai pourquoi dans mon prochain post). Cela dit, pas sûr non plus d'avoir envie d'aller voir le film. Mon intérêt pour Bonitzer a été decrescendo: très fort quand il était critique, beaucoup moins quand il est devenu scénariste, quasi nul depuis qu'il est réalisateur. Et puis là franchement, le cluedo bobo, comme dit je ne sais plus qui, trop peu pour moi...