mardi 29 avril 2008

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Revu le Nouveau monde. La première vision ne m’avait pas convaincu. Faut dire que j’étais allé voir le film avec pas mal de préjugés: l’image de Malick en grand démiurge kubrickien, le transcendantalisme (Emerson, Thoreau), le mythe du paradis perdu, etc., bref la crainte d’avoir à supporter quelque chose de terriblement pompeux (la conscience des personnages en voix off) et de majestueusement pompier (le culte de la belle image), et donc de rester totalement extérieur au film. Crainte justifiée puisque le film avait glissé sur moi comme l’eau sur les plumes d’un canard. Malick avait beau multiplier les travellings avant (ah! la Steadicam, comment il ferait si elle n’existait pas), impossible d’entrer dans le film. Le grand trip annoncé s’était rapidement transformé en un long tunnel dont je n’étais sorti qu’épisodiquement à l’occasion d’une fulgurance, presque d’une image subliminale - liée essentiellement au personnage (incroyablement gracieux) de Pocahontas -, avant de replonger dans les torpeurs imposées par le faux rythme du film et la répétition de ses motifs (la rivière que l’on remonte, le soleil à travers les branches, le vent dans les herbes...). Puis j’ai revu le film. Et là, le choc. Exit la boursouflure du style et la naïveté du discours. Exit surtout l’impression d’appesantissement qui m’avait saisi la première fois. La seconde vision a été un véritable enchantement, à l’image de John Smith découvrant le Nouveau monde puis de Pocahontas découvrant l’Ancien. Comment est-ce possible? Comment avais-je pu me tromper à ce point? Et si pour une fois je m’étais laissé influencer par les anti-malickiens de service qui ne voient en Malick qu’un "Super Auteur" arrogant, toujours à la recherche de "l’œuvre ultime et définitive" (Jousse) mais incapable aujourd’hui de montrer autre chose que "l’éclat de sa signature" (Burdeau), soit un mixte raté de Kubrick et de Sokourov. Bon, cette vanité de l’artiste nul ne la contestera chez Malick, mais ce qui fait la réussite de son film et le sauve de la monumentalité, c’est l’extrême attention qu’il porte à ses personnages à travers, entre autres, tous ces plans qu’il filme comme à la dérobée (on connaît la manière de travailler de Malick: d’un coté, la grosse machine pour rendre compte, le plus fidèlement possible, du contexte - historique, ethnologique, culturel, etc. - dans lequel se situe l’action; de l’autre, une équipe ultra légère pour capter, ici et là, un geste, un regard, une expression), instants volés qui viendront contester au montage la composition un peu trop solennelle de l’ensemble...

4 commentaires:

stanislas a dit…

ah jousse, question "super auteur" lui au moins il risque rien, vu la médiocrité de ses films.

Buster a dit…

Jamais vu les films de Jousse. Mais d’après certains échos (fiables), il paraît que c’est très faiblard en effet...

Joachim a dit…

Peux comprendre qu'on ait des réserves sur Mallick ou Kubrick, mais plus largement ce "procès au sublime" que l'on fait parfois, pour des raisons diverses à Tarkovski, Wong Kar Wai ou précisément Mallick, me laisse souvent perplexe. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus... D'autre part, je trouve que ce qui est inédit dans "Le Nouveau Monde", c'est cette part fangeuse, vériste, boueuse du paysage célébré qui laisse de côté les références "Whitman, Virgile" des "Moissons du ciel" par exemple, et qui paraît porter la trace d'un pessimisme plus foncier. En revanche, pour ma part, pas eu besoin de révision de mon avis sur les films de Mallick qui m'ont toujours conquis, précisément grâce à cet alliage de l'ampleur de la grosse machine et de la fragilié des émotions qu'elle capte.

Buster a dit…

Je pense que ma première vision du "Nouveau monde" a surtout été faussée pour des raisons totalement subjectives et de surcroît extérieures au film, ce qui aggrave mon cas: fatigue extrême, affiche ringarde (ce qui évidemment n’est pas un critère), Colin Farrell et son jeu (épais) de sourcils... Cela dit, il y avait néanmoins une vraie crainte chez moi, celle, à travers le thème du film, que Malick soit aller trop loin dans la quête mystique, la lumière éclatante, le syncrétisme, etc, ce qui m’avait déjà un peu gêné dans "la Ligne rouge", par rapport à "Badlands" et "les Moissons du ciel". Que nenni, le film est en parfaite harmonie avec son propos (c’est d’ailleurs cette notion de "perfection" qui chagrine certains), très mélancolique, c’est sûr, mais pas si pessimiste que ça puisqu’au final c’est quand même, au-delà de la mort de Pocahontas, les valeurs panthéistes qu’elle incarnait qui survivent. "Le Nouveau monde" c’est vraiment le "Tabou" de Malick.

Juste un détail: tu mets deux "l" à Malick, certes c’est mieux pour décoller, mais justement chez lui un seul suffit, et largement.