vendredi 4 avril 2008

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Est-ce un signe? Lors des trois dernières soirées "cinéphiles" auxquelles j’ai participé, la discussion sur le dernier Wes Anderson a systématiquement tourné à la bataille rangée, avec d’un côté les filles, incroyablement remontées contre le film, l’accablant de tous les péchés (posture, vacuité, infantilisme, j’en passe et des meilleurs), et de l’autre les garçons, arguant, sur le ton parfois de la confession (vous imaginez la scène), que malgré ses défauts (l’épisode avec l’enfant indien, la dernière partie avec la mère) le film avait quelque chose d’émouvant. Et si Darjeeling Ltd était justement un film pour garçons, le genre de truc qui horripile les filles, comme les trains électriques, les bandes dessinées, la collection de vinyls, sans oublier maman évidemment. Comment expliquer autrement ce déchaînement de la gente féminine (bon j’exagère, certaines étaient plus mesurées) dès l’instant qu’un des nôtres (bah oui, j’étais du côté des garçons) revenait à la charge avec de nouveaux arguments. Mais qu’on dise que le regard porté par le cinéaste sur ses acteurs était beau, que la structure du film était celle d’une pop song (et que la citation kinksienne faisait pour le coup moins plaquée que dans le dernier Garrel), ou encore que le récit épousait le mouvement toujours hésitant de la névrose obsessionnelle (argument béton, arrivé très tard celui-là, quand tout le monde avait bien bu), un trouble typiquement masculin, marqué entre autres par le doute (comment formuler son désir?) et les rites conjuratoires (édicter en permanence des règles, même si on ne les applique pas, en fait partie), eh bien rien n’y faisait, nous n'étions à leurs yeux que de pauvres cinéphiles immatures...

8 commentaires:

Joachim a dit…

Le fameux "onze ans et demi, c'est le meilleur âge"... Il est vrai qu'à cet âge, on aime parfois plutôt rester entre petits garçons. Sinon, tes soirées ont vraiment l'air de ressembler aux "Cinéphiles" de Skorecki.

Buster a dit…

Tu ne crois pas si bien dire. Le meilleur mot de toutes ces soirées fut celui d’un petit garçon d’une dizaine d’années, lorsqu’il nous a dit avant d’aller se coucher: "moi quand les films vont trop vite, j’ai les yeux qui piquent, les bons films c’est ceux qui me piquent pas les yeux, et si je pleure c’est encore mieux". C’est beau non?

Anonyme a dit…

C'est drôle, je ne me souviens pas de tout ça.

SB

K a dit…

Normal, t'étais pas là !

Buster a dit…

Merci S et K d'être passé sur mon blog. Vu la qualité de vos commentaires, j'espère que vous reviendrez!

Joachim a dit…

D'où l'invention d'un nouveau concept critique: les films oignon, qui piquent d'abord les yeux, mais font ensuite pleurer, les films que d'abord on n'aime pas puis qu'on finit par aimer. (Même si on trouve que pleurer au cinéma, c'est comme être mort de rire, c'est parfois fait bêtement).

Buster a dit…

Et les films qu'on aime au début puis qu'on finit par détester, comment tu les appelles? Parce que ceux-là ils sont légion...

Anonyme a dit…

Merci pour l'invitation. J'essaierai de repasser, mais l'inspiration ça ne se commande pas !
SB