samedi 22 mars 2008

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C’est Zohiloff et Sandrine Rinaldi qui régulièrement disent des critiques qu'ils sont des ânes. Pâques oblige, on parlera de cloches. Parce que là, chapeau, de Chronic’art au Monde, des Cahiers (dont la critique n’est qu’une pâle copie de celle parue dans Chronic’art) à Positif, c’est le grand beffroi de la bêtise qui s’est mis à sonner à propos du dernier film de Wes Anderson, le magistral Darjeeling limited. On passera sur le type d’arguments, éculés, qui consiste à dire qu’il n’y a rien de pire qu’une comédie qui ne fait pas rire, ou encore que le cinéaste ne montre du pays qu’il traverse qu’une image exotique, empreinte de clichés... A tout prendre, je préfère - outre les vrais laudateurs, bien sûr, comme Axelle Ropert, la seule qui dans les Inrocks dit quelque chose d’un peu original sur le film - les contempteurs de Wes Anderson, les mêmes que ceux de Serge Bozon (normal, les deux cinéastes se ressemblent), car s’ils ne comprennent strictement rien à ce genre de cinéma, au moins là c’est clair, que les fans déçus, découvrant tout d'un coup ce qu’ils appellent l’aspect petit-bourgeois d’Anderson, reproche d’autant plus grotesque que parallèlement ils encensent le court-métrage (Hôtel Chevalier) qu’il a tourné il y a quelques années à Paris et qui sert de prologue au film, amusant (sans plus, faut pas exagérer) pastiche du cinéma d’auteur à la française, et pour le coup bel exemple, celui-là, de ce que serait un film petit-bourgeois. Bref, on l’aura compris, le problème avec Wes Anderson c’est que ses films, et leur côté quirk comme on dit outre-Atlantique, se révèlent de terribles miroirs pour les critiques lorsque ceux-ci, au lieu de faire simplement leur boulot, veulent jouer au plus malin (à quoi rime cette hypothèse du sexe comme seul moyen pour Anderson de sortir de son univers dandy?). A ce petit jeu le critique a tout à perdre tant il ne fait que dévoiler son propre regard, ici donc parfaitement petit-bourgeois...

PS. Sur The Darjeeling Ltd, je reviendrai prochainement.

2 commentaires:

Joachim a dit…

Et reviendras-tu sur le voisinage Bozon - Wes Anderson ? Y aurait-il quelque chose de plus que les points communs évidents: l'impassibilité, limite lassitude, des acteurs ainsi que le goût à vouloir les filmer dans des tenues identiques (combinaisons, blousons, uniformes) ? En même temps, s'il suffisait de filmer les acteurs portant le même blouson pour réussir un film, ce serait trop simple. cf le piteux "Steak" où les teddys rouges ne sont d'aucun secours. En même temps, j'ai entendu Bozon et sa bande (dont je gage que tu es un familier, voire que tu apparais dans ses films) louer la chose de Q.Dupieux ce qui a rajouté encore à ma perplexité. Peut-être un rattrapage à faire en blagues de CE2, puisque dans une itw des "Inrocks", SB disait qu'il citait Godard à la récré, vers ses huit ans... et a donc du louper un certain nombre de blagues. Cela dit, foin de taquiinerie, j'aime assez les films de SB, même si précisément il leur manque peut-être ce je ne sais quoi (un léger goût pour le spectacle, le plaisir du divertissement pur) que l'on trouve chez Wes Anderson et qui permet à ses films de dépasser le jeu avec les codes, l'attention à son propre dandysme pour devenir réellement touchants (je concède que ce mot est bien vague, mais c'est celui qui me vient comme ça).

Sinon, moi non plus, je ne comprends pas bien les critiques, ayant été réellement et profondément ému (là encore mot vague) par "Darjeeling", le plus aéré des films de Wes Anderson.

Buster a dit…

Bozon, j’aime ses films (le 35 mm est pour beaucoup dans la réussite esthétique de "la France") mais ses goûts, pour le moins éclectiques, ne sont pas nécessairement les miens. Le "Steak" de Dupieux je lui reconnais des qualités mais de là à en faire un des grands films de l’année, il y a un monde. Quant à Anderson (Wes pas PT) j’adore (Bozon aussi qui voue un véritable culte à "Rushmore") et si j’ai le temps je reviendrai sur "Darjeeling Ltd" dans un prochain post.