jeudi 13 mars 2008

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Quand le père du père de mon père avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et se plongeait dans une prière silencieuse. Et ce qu’il avait à accomplir se réalisait. Quand, plus tard, le père de mon père se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit: "nous ne savons plus allumer le feu, mais nous savons encore dire la prière". Et ce qu’il avait à accomplir se réalisa. Plus tard, mon père... la même tâche, lui aussi alla dans la forêt et dit: "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière, mais nous connaissons encore l’endroit précis dans la forêt où cela se passait, et cela doit suffire". Et ce fut suffisant. Mais quand à mon tour j’eus à faire face à la même tâche, je suis resté à la maison et j’ai dit: "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l’endroit dans la forêt, mais nous savons encore raconter l’histoire". (Jean-Luc Godard, Hélas pour moi, 1993)

J’ai toujours pensé que le père du père du père de Godard, celui qui savait allumer le feu, c'était Griffith. Que le père du père de Godard, celui qui savait encore dire la prière, c'était Dreyer. Et que le père de Godard, celui qui connaissait encore l’endroit dans la forêt, c'était Rossellini.

5 commentaires:

Joachim a dit…

Et le fils, celui qui a inventé une nouvelle prière (tout aussi bien un conte ou une énigme), c'est Kiarostami ?

sb a dit…

Tout ça c'est bien joli, mais vous ne dites pas pourquoi griffith, dreyer, rossellini, seraient les pères de Godard. Faudrait argumenter.

Buster a dit…

Kiarostami, oui pourquoi? A cause de Rossellini?
Sinon sur l’absence d’argumentation, je suppose que c’est un clin d’œil à ce que disait Zohiloff. L’occasion de préciser que ma note sur Sandrine Rinaldi n’appelait aucun développement particulier (comme d’ailleurs celle sur les pères de Godard) puisqu’il s’agissait juste d’exprimer l’impression ressentie à la lecture de ses textes et non d’émettre un jugement sur les films dont elle parle. Quand je veux argumenter sur un film je me fends d’une vraie note sinon de plusieurs. Ce que je disais simplement c’est que SR est moins convaincante quand elle éreinte un film que lorsqu’elle le défend (voir les compléments apportés à "Jumper" ou encore son dernier mail sur "Mystic Pizza", un film que je ne connais pas mais qu’elle donne vraiment envie de découvrir à travers ce qu’elle en dit). Point. De la même manière, en ce qui concerne la note sur Godard, je ne prétends à aucune vérité (mais d’un autre côté c’est tellement évident que je ne vois pas l’intérêt qu’il y aurait à argumenter). En fait, le but de cette note était surtout de rapporter la parabole qui ouvre le film - et son interprétation habituelle: le cinéma comme vestige du mythe et de la fable, son devoir aujourd’hui de réinventer une histoire puisque la parole serait devenue impuissante, etc, etc - bref de rapporter cette parabole au geste godardien et non au cinéma en général. Rien de plus, là non plus.

Joachim a dit…

Parce que tous les deux (JLG et AK) ont fini à Beaubourg, évidemment !

Sinon, j'aurais pu aussi mettre Jia Zhang-Ke pour son avidité à filmer et à documenter la mutation de la psyché de sa société...

Buster a dit…

Ah ah, bien vu Joachim, Beaubourg je n'y avais pas pensé.