mardi 5 février 2008

Le bel effet gore

S’il n’est pas rare qu’un seul plan puisse ruiner un film, l’inverse est-il vrai? Je veux dire: un plan peut-il à lui tout seul sauver un film? C’est la question que je me suis posé après avoir vu le dernier Tim Burton. Etrange film que ce Sweeney Todd à l’esthétique si effrayante (l’horreur vient de là plus que des scènes d’égorgement) qu’elle gâche en permanence le beau récit de l’inconsolation qu'est le film par ailleurs. Tout est laid dans ce conte musical, depuis la lumière, aussi lugubre que celle d’un hall de gare, jusqu’aux personnages, tout aussi lugubres avec leurs mines de déterrés (comme si le film était lui-même victime des nombreuses saignées prodiguées par son héros, ne laissant subsister qu’une image exsangue, presque sans vie), en passant par les séquences de rêves (ceux de la femme aux tourtes) d’un kitsch achevé, rappelant cette fois l’esthétique des années 80. Un film d’une laideur absolue donc (mais c’est aussi celle du numérique) et dans lequel pourtant surgit in fine un des plans les plus extraordinaires qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps: deux êtres à la gorge tranchée, l'un à genoux, le cou dégoulinant de sang - comme autant de larmes - sur le visage de l'autre, l'aimée, qu'il vient enfin de retrouver...

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