lundi 18 février 2008

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Retrouvé cette note sur le Soleil de Sokourov:

Ruines et désolation, on le sait, imprègnent depuis toujours le cinéma de Sokourov. Cette vision mélancolique, marquée par l’anamorphose et le détrempage des couleurs, et dont l’origine pourrait bien se situer dans la disparition du village natal de l’auteur, petit village de Sibérie qui fut, comme le précise Sokourov lui-même, "noyé sous les eaux, submergé par la construction d’un énorme bassin industriel et l’implantation d’une usine hydroélectrique", cette vision mélancolique, donc, trouvait dans l’Arche russe et son plan-séquence unique, sans le recours au montage (un anti-Octobre? m’étais-je demandé à l’époque), une sorte de point limite: le mouvement ondoyant de la Steadicam comme prolongement de l’anamorphose. Pas étonnant qu’avec le Soleil Sokourov revienne à quelque chose de plus stable, de plus fixe, de plus photographique, j’allais dire de plus japonais, à travers le portrait qu’il dresse de l’empereur Hirohito, à la veille de la capitulation du Japon, et la question qui lui est sous-jacente: "comment passe-t-on du divin à l’humain?" Oui, comment? Par la HD (Haute Définition) ont répondu certains. Pas si vite. Des trois figurines qui ornent le bureau d’Hirohito, c’est celle de Darwin la plus importante (bien plus que celles de Napoléon ou de Lincoln). Evolution, transmutation, voilà le vrai programme du film. Passer du divin à l’humain ne relève pas ici d’une brutale métamorphose mais d’un lent processus de transformation où entrent en jeu la réactivité d’un organisme et son adaptation au milieu. Soit le milieu du numérique et, point d’ancrage de cette numérisation, le corps maladroit, voire burlesque (la gestuelle de Chaplin), d’un personnage y évoluant comme au fond d’un bocal, jusqu’à ce qu’on l'en sorte pour nous révéler... quoi au juste? Que nous révèle le personnage d’Hirohito en renonçant ainsi à son essence divine? Eh bien moins l’humanité qui était en lui, manifeste dès les premiers plans du film, que son âme d’enfant, trop longtemps à l'abri, et qu’un terrible cauchemar (la vision de poissons-bombardiers survolant les ruines d’un Japon atomisé) finit par détruire, le réduisant pour le coup - ultime avatar de sa transformation - à une sorte d’enveloppe sans chair, l'image même de la désincarnation...

2 commentaires:

Ludovic a dit…

La fin du texte n'est pas très claire.

Buster a dit…

C'est vrai, mais la fin du film n'est pas très claire non plus.