samedi 26 janvier 2008

Tel est Skorecki (3)

Télé Skorecki revient. Aujourd'hui le thème c'est Renoir:
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"... Est-ce que j'aime la Règle du jeu, cette misérable valse de pantins aux relents antisémites curieusement sous-évalués? J'ai adoré ce film pendant des d'années, le temps de me faire une idée. Aimer un film, c'est une question de morale, comme disait l'autre. Jacob Taubes, qui s'y connaissait en morale, a admiré l'oeuvre de Carl Schmitt toute sa vie, mais il n'a accepté de le rencontrer, in extremis, que quelques mois avant sa mort. De Jacob Taubes, penseur apocalyptique et révolutionnaire, on lira La théologie politique de Paul (Seuil), ne serait-ce que pour se rafraîchir les idées. Il y est aussi question de haine du juif, un sentiment que Renoir a si bien connu qu'il a fait du petit Dalio, le héros hystérique de la Règle du jeu, une caricature de rastaquouère sémite. Les lettres et les appels au meurtre sont venus après. Avec Renoir, ce n'est pas si simple, dira-t-on. Ah bon?" (27 janvier 2006)

"... Drôle de type, ce Renoir. Ancien aviateur, blessé en 14-18 (il en gardera une légère claudication), élevé dans une famille de grands bourgeois avec les amis et les clients de son père, il a de curieux dédoublements de personnalité quand lui prend l'envie de se prendre pour autre, un prolo, dont il reproduit les manières, la gouaille, l'accent. Cet art schizoïde, il ne l'explorera qu'en 1959, dans un superbe film tourné à plusieurs caméras, pour la télé, le Testament du Dr Cordelier, sa version perso de Dr Jekyll et Mr Hyde." (16 mai 2006)

"Rappeler le classicisme de Renoir, le même que celui de Ford. Sens des valeurs traditionnelles, sale caractère, génie. Renoir est le Ford français, il est aussi conservateur, aussi radical. On l'a su, on l'a oublié. Même ça, on l'a oublié. C'était un aviateur, un héros de guerre, un héros blessé, un grand cinéaste, un minimaliste, un naturaliste, un caméléon. Le mot important, ici, c'est caméléon. Comment un artiste hautain, genre Pierre Fresnay, un personnage à la Stroheim (son cinéaste préféré du temps du muet), se transforme en prolo bourru à la Gabin.
Fresnay qui se transforme en Gabin, c’est tout Renoir, même un abruti peut voir ça. Qui voit aujourd'hui? A part moi, je veux dire. Cette transformation caméléon, c'est le sujet de la Règle du jeu, mais aussi, à l'envers, celui de la Grande illusion. Vous ne vous attendiez pas à ça. Je vous ai bluffé, là. Attendez, je n'ai pas fini. Virez la transformation Fresnay/Gabin, gardez juste Stroheim, Joe Stern de son vrai nom. Faux aristocrate, vrai juif, pétri d'aristocratie austro-hongroise. Tout dans le personnage, rien dans les mains, le tour est joué. Fresnay/Gabin/Stroheim, la vie de Renoir à l'oeuvre. Je l'ai connu. Je l'ai aimé. C'était en juillet 1963, dans sa villa hollywoodienne. N'oubliez pas qu'il fut un cinéaste américain presque jusqu'à la fin. Son pantalon tenait par un gros cordon. Une ficelle, quoi. Quand le pantalon tombait, le père Renoir le remontait. La classe." (13 juin 2006)

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