mercredi 5 décembre 2007

Merlin

Ah Merlin, quelle merveille! J’ai rarement vu un film communiquer à ce point son bonheur d’exister. C’est bien simple, depuis que j’ai le DVD, c’est-à-dire à peine huit jours, je l’ai déjà vu trois fois (je rappelle que ce DVD, où l’on trouve également le Crime de la toupie, le premier film d’Arrieta, n’existe pas dans le commerce mais qu’il est actuellement offert avec le dernier numéro de la revue Cinéma). Vous en connaissez beaucoup vous des films qu’on peut ainsi revoir en boucle, sans se lasser, comme on réécouterait par exemple Ma mère l'oye de Ravel, un exemple que je ne prends pas au hasard puisque Ravel est l’une des deux grandes sources d’inspiration d’Arrieta (cf. Flammes), l’autre étant bien sûr Cocteau dont il adapte ici la pièce, Les Chevaliers de la Table ronde. Qu’est-ce qui rend ce film si miraculeux? A quoi tient le prodige, qui fait d’Arrieta - jouant lui-même le rôle de Merlin - le véritable enchanteur de son film? Peut-être à cette capacité d’émerveillement qui, malgré les années, est restée intacte chez lui, comme si le plaisir de filmer l’emportait sur tout, aussi bien les contraintes d’une production moins artisanale que d’habitude (le film est en 35mm) que le relatif dédain dans lequel le tient la profession depuis 40 ans, expliquant qu'il soit ainsi redécouvert tous les dix ans. Mais ce qui pour moi rend le cinéma d'Arrieta si miraculeux, c'est que cet état d'émerveillement ne se limite pas à ses effets de surface; s'y dégage aussi, de manière plus profonde bien que toujours discrète, le sentiment que, comme les rêves ou les contes pour enfants, la vie n'est pas si enjouée, qu'elle est au contraire sans cesse menacée et que l'émerveillement n'est là finalement que pour s'affranchir des terreurs les plus folles...

Aucun commentaire: