vendredi 14 décembre 2007

La France (3)

Retour sur la France (j’ai décidé de revenir sur les notes, pour qu’il s’en dégage quelque chose d’un peu plus consistant, et non de les enfiler comme des perles, au gré de l’actualité, chaque note chassant l’autre, sans lui laisser le temps d’exister, puisque d’un autre côté il n’est pas question non plus de les laisser séjourner plusieurs jours, attendant bêtement que quelqu’un y réponde...). Donc la France: "Est-ce qu’il viendrait vers moi", chantent les poilus, en référence au personnage de Guillaume Depardieu, l’époux disparu que l’héroïne cherche à rejoindre tout au long du film. Mais pour Bozon, "il" c’est aussi le public, un public qui lui, malheureusement, n’est pas venu. Est-ce vraiment surprenant? Depuis quand ce genre de film, qui refuse obstinément les effets de mode, s’avançant crânement hors des sentiers battus, est-il appelé à rencontrer le succès? Si Bozon rêve de faire des séries B pour un large public, comme je l’ai lu je ne sais plus où, cela relève du pur fantasme. La série B, qui n’a rien à voir avec le cinéma populaire, œuvre dans un domaine relativement étroit et, à ce titre, ne peut intéresser qu’un petit nombre. Pour autant, cela suffit-il à expliquer l’échec du film? Même s’il est admis que la critique ne pèse plus beaucoup dans le succès commercial d’un film (c’est un leurre que de croire qu’un bon papier dans les Cahiers, Libé ou les Inrocks, va faire augmenter les entrées), on peut se demander si Bozon n’a pas été victime de sa propre image, si sa personnalité, forte au demeurant, n’a pas été mise trop en avant par la critique, parlant davantage de lui et de ses goûts cinéphiles très tranchés, totalement à rebours du courant dominant, que de son film proprement dit, ce qui, par effet d’identification, a perverti l’approche que l’on pouvait avoir du film.
Car finalement sur quoi s’est basé le spectateur pour se décider ou non à aller voir le film (je laisse de côté les aficionados, convaincus par avance d’aller voir un chef-d’œuvre)? En fait pas grand-chose, juste l’image que les médias ont complaisamment renvoyée de son auteur, celle d’un dandy, d’un intellectuel aussi - on ne s’est pas privé de rappeler que Bozon était également philosophe et mathématicien - ce qui ne pouvait que susciter, soit le rejet, réaction la plus fréquente, en écho à un certain accueil critique (cf. Positif où le film est identifié à de l’esbroufe, sans la moindre analyse), soit la curiosité, réaction plus minoritaire mais surtout sans lendemain (une curiosité, c’est fait pour être satisfaite, sans plus), et donc insuffisante pour favoriser une éventuelle réaction en chaîne, celle que produit parfois un film lorsque, dès les premiers jours, il provoque de façon aussi inattendue qu’irrationnelle l’engouement du public. Tout ça pour dire quoi? Qu’une fois de plus, la critique n’a pas fait son travail, qu’elle s’est limitée à donner un coup de projecteur là où on espérait qu’elle joue les éclaireurs, et ce d’autant plus qu’il s’agissait d’un film audacieux, donc fragile commercialement parlant, et qu’on sait l’espèce de jungle dans laquelle se battent aujourd’hui les films dès leur sortie. C’est désolant car il y en avait des choses à dire sur la France, des choses qui ne se limitent pas au repli cinéphile, le monde en vase clos, le cinéma de poche, etc., mais s’attardent au contraire sur ce qui, positivement, fait la richesse du film, cette beauté insolite (insolente?) qui ne relève d’aucun formalisme, naissant plutôt de la manière dont Bozon fait communiquer entre eux les différents niveaux de son film, lui permettant de rompre avec grâce la linéarité de son récit, de bousculer tout en douceur, et avec un certain lyrisme, la simplicité de sa mise en scène, et d’éprouver ainsi avec pudeur la lâcheté de ses personnages (masculins, évidemment)...

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