samedi 1 décembre 2007

La France (2)

Dans la France il y a bien quelques travellings ici et là, mais, rapides, ils ne font que déchirer l’espace, tels des coups de feu provenant d’un ennemi invisible, et n’ont pas la force des plans arrêtés qui eux traquent l’émotion vraie, celle qui ne relève d’aucun artifice, s’offrant nue au regard du spectateur, au risque du ridicule (un peu comme chez Rohmer), et dont on craint à chaque instant qu’elle s’évanouisse tant l’équilibre est fragile. Dans Mods, cela passait par la pose; ici, il s’agit surtout de faire des pauses, telles de petites armistices à l’intérieur du film: établir un campement, évoquer des souvenirs, pousser la chansonnette pour mieux supporter l’épreuve du réel, un réel qui surgira ailleurs, sur la paille et non dans la poussière, lors d’une scène assez hallucinante que je ne dévoilerai pas - on dira que c’est le hic du film, moment à la fois crucial, sans quoi le film ne tiendrait pas au niveau du récit, et dérangeant tant la scène, théâtrale, grotesque, détonne par rapport au reste. Quant aux chansons proprement dites, équivalentes aux chorégraphies dans Mods, elles sont d’une autre portée que les interludes gentillets d’Honoré. D’une rare intensité, elles sont comme des temps d’innocence retrouvée, mieux, des arbres de vie aux branches desquelles les personnages semblent s’accrocher pour ne pas tomber.

Aucun commentaire: