dimanche 23 décembre 2007

Ce que Léon dit (2)

J’aime bien le texte de Pierre Léon dans le dernier numéro de Trafic, sa façon de parler du film de Rohmer en épousant le même geste qu’il décrit chez l’auteur: feinte (il se sert du film pour parler souvent d’autre chose) et trahison (il recourt parfois lui-même à ce qu’il dénonce par ailleurs)... Je reviendrai prochainement, mais là sous la forme d’une vraie critique, sur les Amours d’Astrée et de Céladon. En attendant, je livre ce passage du texte de Léon qui complète ce qu’il disait sur le blog de Kaganski:

"L’attachement de Rohmer à la politique des auteurs n’échappe à personne, mais la pratique qu’il en fait est tout sauf dogmatique; ou bien, il sait comment creuser la pertinence d’un dogme sans le confondre avec une déclaration d’intention: s’il n’y a pas de rupture dans la personnalité d’un cinéaste, il n’y en a pas non plus dans ses œuvres. Cette façon de penser est aujourd’hui positivement intempestive, puisque la critique institutionnelle, dans son programme d’éducation du public, a réussi à former des spectateurs-douaniers qui obligent les films qui passent à ouvrir leurs valises pour vérifier qu’il n’y a rien à déclarer (ces douaniers anonymes se dédouanent en masse dans leurs blogs en parlant à la place des films). Les soupçons (en désordre) de ratage, d’abjection, de formalisme, d’élitisme, de parisianisme, de conformisme, bref, une immense et noire négativité, ont pris la place de ce qui fonde malgré tout le rapport au cinéma, la confiance et la fidélité."
Et Léon d’ajouter en bas de page: "Parmi les sept péchés capitaux de la critique, pointés il y a cinquante-deux ans par Truffaut dans un article célèbre, si le chauvinisme s’est doucement mué en une sorte de xénophilie vénielle (très loin d’un quelconque internationalisme de bon aloi), dont seuls échappent les cinéastes officiels (ou "pariscopes", si l’on préfère), Assayas, Desplechin, Denis, Dumont, etc., celui qui consiste à juger les films sur les "intentions" de leurs auteurs me semble le plus mortel aujourd’hui. Avec ce glissement redoutable jusqu’au reproche de ce que le film ne dit pas alors qu’il le devrait (ce que j’appellerais "le conditionnel de sommation"). On ne peut guère me soupçonner de complaisance envers l’œuvre d’Alexandre Sokourov, mais je suis stupéfait de lire ici où là que le cinéaste aurait prendre une position plus tranchée sur la guerre de Tchétchénie. Alexandra est peut-être un film agaçant et pas commode (c’est le moins), mais il en dit beaucoup plus que ce qu’on voudrait lui faire dire et le travail (et le plaisir!) du critique est précisément de découvrir cela, plutôt que d’exiger des sous-titres, quand ce n’est pas en inventer (à la décharge du spectateur, les sous-titres - français - du film sont si approximatifs qu’ils frisent le sabotage). Sokourov n’a pas dû être surpris par ce genre de réprimandes - il vient d’un pays où ce procédé fut inventé et pratiqué avec le succès que l’on sait, avec toute la litanie des rappels à l’ordre jdanoviens: pas assez de social, pas assez de Lénine, pas assez de Parti, etc."

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