samedi 22 décembre 2007

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Suite des notes que je n'ai pas eu le temps de mettre en forme:

1) Présentation de Merlin par Jean-Claude Biette (Galerie du Jeu de Paume, 24 mars 1998). C'est plutôt mal dit mais l'essentiel y est.

"Alors aujourd’hui, le film qu’on va voir là, c’est tiré d’une pièce de Cocteau, les Chevaliers de la Table ronde, et l’intérêt du film il est en partie là, mais très majoritairement ailleurs, c’est-à-dire dans une très grande imagination cinématographique, et il y a un critère que je suis obligé de dire pour juger les films, c’est les films qui donnent envie d’en faire et les films qui ne donnent pas envie d’en faire, et les films qui donnent envie d’en faire, de faire des films, ils sont tout de même extrêmement rares, il y en a au maximum un demi par mois quoi, et les films d’Arrieta sont des films, depuis que je les ai découverts, grâce à Jean-André Fieschi qui les a découverts en France en 1965, c’est des films qui moi m’ont toujours donné envie de faire des films, parce qu’Arrieta c’est quand même un des rares cinéastes qui peut se lever le matin, prendre sa caméra et décider d’aller faire des plans, sans trop savoir ce que c’est, mais il y a toujours souterrainement un film en projet et ça aboutit toujours à un film... alors les films d’Arrieta, il y en a qui sont faits, je crois les premiers sont faits en 8 mm ou en 16, je ne sais plus, et celui que vous allez voir c’est son seul film fait en 35 mm... c’est un film fait avec de gros moyens, des moyens on dirait professionnels, et c’est le seul film dans lequel Arrieta a osé le 35 mm et ça donne un style très particulier au film, parce que c’est un film qui n’a de compte à rendre à personne, ça se voit très vite, et qui est d’une invention que je trouve absolument magnifique, je dirais que c’est un film très inspiré, et le propre des films inspirés, ce qui est tout de même extrêmement rare, c’est que les films inspirés ils ont des hauts et des bas, ils ont des moments inspirés et des moments où il n’y a pas l’inspiration, et c’est ce qui leur donne la vie particulière qu’ils ont."
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2) Vu dans une copie exécrable A scandal in Paris de Douglas Sirk (1946). L’ouverture est géniale, comme souvent chez Sirk - s’il fallait juger la grandeur d’un cinéaste à la manière dont il ouvre ses films, Sirk serait assurément l’un des plus grands -, ouverture digne ici du meilleur Guitry et qui justifie à elle seule l’appréciation élogieuse que portait le cinéaste sur son film. Je ne peux résister au plaisir de la décrire: cela débute par un mouvement de caméra, qui part des barreaux d’une fenêtre, en haut et à gauche, et descend vers le visage illuminé d’un bébé dans son berceau, pendant qu’en voix off, le narrateur (George Sanders, alias François Eugène Vidocq) explique qu’il est né en prison, issu d’une famille pauvre mais honnête, à vrai dire plus pauvre qu’honnête, ce qui obligeait sa mère, à chaque fois qu’elle attendait un enfant, à voler un pain pour bénéficier d’un abri, en l’occurrence celui de la prison, lorsqu’elle accoucherait. Voilà pourquoi nous dit le narrateur, alors que se substitue à l’image de la mère et de l’enfant celle de Sanders lui-même, allongé sur la paille, il retourne depuis si souvent en prison, un besoin chez lui de retrouver sa plus tendre enfance...
Je pense aussi à la tâche d’encre que fait la geôlière/sage-femme sur le registre des naissances lorsqu’elle veut inscrire le nom du père, tâche qui masquera à jamais l’identité du père, engageant le film sur le thème de l’initiation, thème récurrent chez Sirk, moins parce que cette tache décide du sort qui attend désormais le héros, multipliant les noms d’emprunt dont celui de Vidocq, que parce qu’elle fonde toute la morale de l’œuvre sirkienne, ici à travers l'image de "Saint Georges terrassant le dragon", soit la part obscure, sinon monstrueuse, qui est en chacun de nous. Pour Sirk, il ne s’agit pas de s’en libérer - "j’ai toujours su que les hommes n’étaient pas des saints", dit la petite fille à la fin du film - mais d’essayer de la dompter. Encore que chez lui il n’y a pas vraiment de lutte entre le Bien et le Mal. Quand Sanders finit par tuer Akim Tamiroff, l’acolyte devenu trop encombrant, c’est moins la victoire du Bien sur le Mal qu’il faut voir que celle de l’intelligence sur la bêtise, de la culture sur l’ignorance, d’un certain raffinement aussi sur toute forme de vulgarité...

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