samedi 15 décembre 2007

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J’ai bien aimé la petite passe d’armes qui a opposé il y a un peu plus d'un mois Pierre Léon et Serge Kaganski sur le blog de ce dernier. Extraits:

SK - Si nous n'avons pas publié une critique du Brahmane du Komintern dans les Inrocks, ce n'est pas comme le suggèrent certains posteurs parce que le film de Vladimir Léon n'est pas suffisamment commercial. Nous publions chaque semaine des critiques ou grands papiers sur des films qui sortent dans peu de salles et font peu d'entrées (...) Non, la raison de l'absence du Brahmane est beaucoup plus bête et prosaïque: nous avons visionné le film trop tard pour nos délais de bouclage. Eh oui, parfois, nous n'arrivons pas à suivre le rythme des sorties hebdomadaires auxquelles il faut ajouter les reprises, rétrospectives, festivals, dvd, livres ou expos de cinéma, ce qui peut parfois faire trop pour la taille de notre équipe et le nombre de nos pages. Si ce blog peut avoir une utilité, c'est bien celle de pouvoir parler de choses qui ne trouvent pas leur place dans le journal papier, faute de temps ou de pagination. Et j'en profite pour pousser un nouveau petit brame pour le Brahmane...

PL - (...) quel dommage que les Inrocks, au lieu de trouver le temps de voir le film de mon frère, Vladimir Léon, le Brahmane du Komintern, qui vous semble pourtant si magnifique (je suis d'accord là-dessus), aient trouvé celui de voir le mien, Guillaume et les sortilèges, et de le détester. Mon film est certainement bourré de défauts (et monsieur Ostria, qui s'était ici même enthousiasmé pour mon précédent Octobre, bourré de qualités sinon de connaissances musicales), mais il ne méritait, comme aucun film au monde, le pire fût-il, ce ton méprisant et condescendant. Je devrais m'en fiche, et je ferai de mon mieux la prochaine fois, je le jure, mais si je réagis là, c'est à cause de l'absurdité que je vous signale et qui m'écœure, à vrai dire, de plus en plus. Nos films méritent tous les blâmes que vous voudrez, mais pas l'iniquité de traitement. Pourquoi cacher ainsi vos préférences et exhiber vos dégoûts? Auriez-vous (mon "vous" n'est pas personnel, bien sûr) déjà honte? Faites attention quand même si je puis me permettre ce conseil amical.

SK - (...) Sur le fond, j'avoue être un peu étonné de votre réaction. Je comprends qu'une critique négative puisse blesser un cinéaste, un auteur, un artiste, mais c'est là un risque vieux comme le monde et lié à toute prise de parole publique, une question insoluble que je vous fais crédit de bien connaître. Votre film a été vu par trois personnes qui écrivent chez nous et Vincent Ostria était le moins défavorable. J'ai relu sa critique et je n'y ai pas perçu le mépris ou la condescendance que vous avez ressentis. Au contraire, Ostria semble avoir vu tous vos films et les apprécier, et vous devriez être sensible à sa fidélité de spectateur. Il a quand même le droit d'être un fidèle ponctuellement déçu par un de vos films sans que cela ne remette en cause la qualité d'ensemble de votre travail et l'attention que l'on y porte.
En ce qui me concerne, je n'ai pas vu votre film (je ne vois pas tout, j'ai des lacunes comme tout le monde). Celui de votre frère, je l'ai vu trois jours avant sa sortie grâce à l'insistance du producteur Thierry Lounas (merci à lui) - trop tard pour le bouclage du journal, mais assez tôt pour en rendre compte dans mon blog. Tout cela pour dire qu'il n'y a pas aux Inrocks de volonté d'exhibition de nos "dégoûts" (je vous laisse la paternité de ce terme qui ne correspond en rien à la critique de votre film par Ostria) et de dissimulation de nos préférences (mettre en ligne un texte sur le film de votre frère sur un site visité par des dizaines de milliers d'internautes n'est pas vraiment une dissimulation), mais les hasards heureux ou malencontreux de la profusion de sorties cinématographiques et de leur vision par tel ou tel journaliste...

PL - (...) Je voulais surtout souligner la contradiction qui consistait à "rattraper" un film qu'on aime sur un blog, alors que sur papier on expédie un autre qu'on n'aime pas. Quoi que vous disiez sur la fréquentation internautique, je crois fermement que la critique s'exerce avant tout dans un rapport objectif entre le lecteur et le critique, et l'interface de ce rapport n'est pas virtuel ni gratuit - pardon pour ce point de vue, pas très moderne. Je me souviens, par ailleurs, que feu mon ami Jean-Claude Biette avait dit très justement, lors d'une présentation du Merlin d'Arrieta au Jeu de Paume, que le problème aujourd'hui n'était pas tant ce qui se disait à propos de nos films mais la place qui leur était accordée dans les journaux dits "amis" et qui correspondait le plus souvent à leur "encombrement" économique: petit budget-petit papier. Soit dit en passant, en ce qui concerne les films de Biette, contrairement à d'autres, votre journal ne s'est jamais laissé enfermer dans cette logique.
(...) Quand on connaît l'œuvre d'un cinéaste (ce que vous semblez dire de Vincent Ostria, qui l'a bien gardé pour lui, et je serais volontiers sensible à "sa fidélité de spectateur" si au moins il avait eu la place d'en faire état), n'est-il pas utile de replacer ce qu'on considère comme un échec dans la continuité d'une œuvre, certes confidentielle (pas ma faute), mais obstinée? Il a raison, d'ailleurs, Vincent Ostria, c'est vrai que le film est trop théorique, et il peut agacer. Vous savez, le problème, pour moi, n'est pas qu'on n'aime pas mes films, mais qu'on me donne des fessées critiques, vous voyez, du genre "il aurait dû", "il eût été préférable", "aurait gagné", etc. Si au moins on avait eu la curiosité de m'interroger, d'apprendre qui je suis et ce que je fabrique depuis vingt ans que je fais des films. Non, je vois qu'il faut encore et encore passer des examens...

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